Dans Adieu les rebelles !, un pamphlet écrit par militante féministe et lesbienne Marie-Josèphe Bonnet, le passé ne sert pas à élargir le champ des possibles, à trouver des lignes de fuite, mais est utilisé pour condamner le présent et le futur.

marie-josephe bonnet adieu les rebelles cafe voltaire flammarion mars 2014 heterocliteAdieu les rebelles ! est un livre consternant et profondément réactionnaire. Son auteure, Marie-Josèphe Bonnet, est depuis les années 1970 une militante féministe et lesbienne, passée notamment par le Mouvement de libération des femmes (MLF) et le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR). Elle dénonce les revendications du mariage et de transformation de la filiation, qui témoignent selon elle de la «normalisation» des gays et des lesbiennes. Sous couvert d’une position critique, elle reprend à son compte les propos qui prospèrent dans la bouche des homophobes et des conservateurs de tous ordres. Elle accuse les mouvements LGBT de «communautarisme» et de refus de la «mixité» et leur reproche de jouer les victimes. Elle sacralise la différence des sexes, le masculin et le féminin comme essences, et n’hésite pas à citer des juristes et des psychanalystes qui opposent aux familles homoparentales «les structures fondamentales de notre civilisation».

Une attitude de clôture

Le plus effarant est le magistère que s’accorde Marie-Josèphe Bonnet du fait de son passé de militante. Comme si avoir été à l’avant-garde politique lui donnait le droit de dire comment il faut se comporter, de distribuer les bons et les mauvais points de la «subversion». Le rapport aux mobilisations antérieures et à leur héritage peut être une attitude de généreuse ouverture : hériter de ce passé serait s’en inspirer, enrichir nos débats contemporains de l’inventivité théorique et politique du FHAR ou du MLF (par exemple les écrits de Monique Wittig ou de Guy Hocquenghem contre la pensée de la différence des sexes).

À l’inverse, Marie-Josèphe Bonnet a une attitude de clôture. Le MLF et le FHAR n’ont jamais parlé du mariage et de la filiation : pour elle, il est donc hors de question que ces revendications existent. Dans Adieu les rebelles !, le passé ne sert pas à élargir le champ des possibles, à trouver des lignes de fuite, mais est utilisé pour condamner le présent et le futur. Au lieu de rendre les années 1970 vivantes et proches, Marie-Josèphe Bonnet les fige dans la froideur du monument et de l’autorité.

 

Adieu les rebelles ! de Marie-Josèphe Bonnet (éditions Flammarion)

 

Photo : revendications en faveur de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes lors de la Marche des Fiertés LGBT à Paris le 30 juin 2013

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