Patrice Chéreau est mort en octobre dernier et c’est peu dire que l’on n’est pas prêt de s’en remettre. Car qui dans le cinéma français possède son intransigeante lucidité pour décrire les passions humaines, les pulsions amoureuses et leur puissance destructrice ?

Il y a de la violence dans les corps et les cœurs qui s’attirent et se fracassent sans cesse chez Patrice Chéreau, mais aussi paradoxalement une forme de douceur dans la manière dont sa caméra les capte. Il suffit, comme la Cinémathèque de Saint-Étienne en offre la possibilité, de revoir L’Homme blessé (1983) et Ceux qui m’aiment prendront le train (1998), deux de ses films majeurs, ceux aussi dans lesquels l’homosexualité est la plus (omni)présente.

Si les deux sont très différents, comme les époques où ils se situent (juste avant le sida pour l’un, juste après le pic de la pandémie pour l’autre), ils ont une même manière frontale d’entrechoquer les désirs, de les mettre à vif pour révéler les êtres – que ce soient ceux du jeune Henri pour Jean, le prostitué brutal surpris dans une pissotière (L’Homme blessé), ou ceux du couple bien installé troublé par l’irruption d’un joli gigolo séropositif (Ceux qui m’aiment prendront le train).

Vincent Perez dans Ceux qui m'aiment prendront le train (1998) de Patrice Chereau

Dans l’un comme l’autre cas, des gares et des trains, des lieux de partance, de croisement, de départs et d’arrivées, des lieux où tout n’est que mouvement – à l’image de la caméra, des corps et des sentiments – servent de cadre à ces pulsions violentes qui agitent les personnages de Patrice Chéreau, pulsions d’amour sur lesquelles la mort rôde. À revoir ces films, on mesure à quel point Patrice Chéreau détestait l’eau tiède, à quel point il se souciait comme d’une guigne de la «bonne image» et ne s’intéressait qu’à la vérité des hommes et de leurs désirs. C’est ce qui fait leur puissance noire. C’est ce qui fait leur rareté. Et les rend essentiels.

 

L’Homme blessé et Ceux qui m’aiment prendront le train de Patrice Chéreau, vendredi 21 mars à la Cinémathèque de Saint-Étienne, 20-24 rue Jo Gouttebarge-Saint-Étienne / 04.77.43.09.95
Photos : Ceux qui m’aiment prendront le train

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