Accusées de ne pas respecter la neutralité de l’enseignement, les Interventions en Milieu Scolaire (IMS) conduites par des associations de lutte contre l’homophobie visent en fait à faire réfléchir les élèves sur les discriminations.

Le lobby LGBT envahit les écoles, bourre le crâne de nos enfants avec sa propagande, fait du prosélytisme et en profite pour recruter de futurs adeptes ! Tel est peu ou prou le discours alarmiste que l’on a pu lire ou entendre ces derniers mois, sur fond de polémique sur “le genre à l’école“. Derrière ces exagérations et contre-vérités se cache une réalité grossièrement déformée : depuis dix ans, des bénévoles formés par des associations de lutte contre l’homophobie se rendent en effet dans des collèges et des lycées pour parler avec les élèves, pendant une heure ou deux, de discriminations et particulièrement de celles fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. À Lyon, trois associations pratiquent ainsi ce qu’elles appellent des Interventions en Milieu Scolaire (IMS) : Contact, SOS Homophobie et Rimbaud.

Très loin de cours magistraux, les Interventions en Milieu Scolaire prennent la forme d’une discussion entre les bénévoles et les élèves qui commencent généralement par un bref exposé sur différentes formes de discrimination telles que le racisme, le sexisme, l’handiphobie… et bien sûr les LGBTphobies (ce dernier terme nécessitant évidemment explications et définitions). Puis les intervenants demandent aux élèves de classer ces discriminations par gravité : une démonstration par l’absurde que toutes doivent être combattues avec la même force. Pour illustrer leur propos, les bénévoles associatifs peuvent s’appuyer sur cinq court-métrages produits en 2011 par Canal + et l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES, organisme public dépendant du ministère de la Santé), qui abordent des thèmes qui sont ensuite débattus avec les élèves : coming-out, homophobie intériorisée, rejet, etc.

omar-ims-inpes-canal + homophobie heteroclite avril 2014 interventions en milieu scolaire

Des méthodes ludiques

Parmi les outils pédagogiques auxquels ont recours les intervenants, le “jeu des insultes“ consiste à lister les insultes homophobes, qu’elles s’adressent à un homme ou à une femme. Les adolescents prennent ainsi conscience que les premières sont beaucoup plus fréquentes que les secondes et que, lorsqu’elles visent un homme, elles consistent bien souvent à le féminiser (la tapette, la pédale, la tarlouze…).

Les intervenants en profitent alors pour mettre en lumière les relations entre homophobie et sexisme, mais aussi rappeler l’étymologie de ces insultes (beaucoup de jeunes croient ainsi que “pédé“ est un diminutif de “pédophile“) et insister sur leurs conséquences : on estime en effet qu’un élève les entend environ vingt fois par jour. Si ces insultes n’ont pas toujours une visée délibérément homophobes (beaucoup d’élèves utilisent ainsi l’expression “sale pédé” par jeu ou entre amis), leurs effets n’en sont pas moins ravageurs : dans la tête des adolescents homos, elles installent l’idée que ce qu’ils sont est une injure.

Le “jeu des stéréotypes“ invite pour sa part les adolescents à remettre en cause leurs propres clichés en leur demandant s’il est possible de reconnaître un(e) homosexuel(le) dans la rue grâce à sa démarche ou à son habillement ; quant au “jeu des petits papiers“, il leur permet de poser anonymement toutes les questions qu’ils souhaitent aux intervenants. Les Interventions en Milieu Scolaire se concluent systématiquement par un questionnaire de satisfaction distribué aux élèves pour recueillir leur avis sur ce à quoi ils viennent de participer et savoir si cela les a aidés à mieux accepter les homosexuel( le)s.

Pas un cours en faveur du mariage pour tous

Si le but des Interventions en Milieu Scolaire n’est donc pas d’aborder les sujets qui ont fait l’actualité ces derniers mois (mariage et adoption pour tous, PMA, etc.), ceux-ci sont souvent évoqués spontanément par les élèves. Pour autant, «nous ne sommes pas là pour faire de la propagande», se défend Sara Wilder, la présidente de l’association Rimbaud, «mais pour promouvoir les valeurs de la République : l’égalité des citoyens, la tolérance, la laïcité, le respect des droits et des devoirs de chacun».

Une sorte de morale laïque qui concerne pour l’instant des élèves de la quatrième à la Terminale mais qui pourrait bientôt s’adresser à des enfants de huit à dix ans, sous une forme différente et adaptée à leur âge. Dès la rentrée prochaine, Rimbaud souhaite en effet intervenir dans des écoles primaires auprès d’élèves du cours moyen pour leur parler non pas de sexualité mais de relations amoureuses, en s’appuyant notamment sur le court-métrage d’animation Le Baiser de la lune.

 

 

 

Rimbaud en chiffres

Créée il y a cinq ans, l’association Rimbaud a visité quatre lycées durant l’année scolaire 2013- 2014, soit dix-neuf classes concernées regroupant 500 élèves. Depuis 2009, c’est ainsi entre 2000 et 3000 élèves qui ont été sensibilisés à la lutte contre l’homophobie via des Interventions en Milieu Scolaire.

 

 

Photos : Pauline de Céline Sciamma et Omar de Sébastien Gabriel, deux des court-métrages produits en 2011 par Canal + et l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) projetés durant les Interventions en Milieu Scolaire

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