Les inégalités entre femmes et hommes frappent aussi le milieu culturel, notamment le spectacle vivant, qui est encore loin de la parité, malgré de récents progrès.

S’il est devenu courant de souligner la faible représentation des femmes dans le milieu politique et de pointer du doigt les partis qui ne respectent pas la parité, les inégalités femmes-hommes qui touchent le secteur culturel (et plus particulièrement le spectacle vivant) semblent susciter peu de réactions.

Dès 2006 pourtant, le rapport commandé par le ministère de la Culture à Reine Prat jette un pavé dans la mare en soulignant d’importantes différences de traitement entre femmes et hommes dans le domaine du spectacle vivant, concernant notamment les postes à responsabilité.

À la suite de la publication de ce rapport, des metteuses en scène et des professionnelles de l’action culturelle décident de se réunir, de manière informelle, afin de lutter contre ces inégalités : elles donnent ainsi naissance en 2008 à une association, constituée aujourd’hui de quatorze collectifs régionaux : le Mouvement HF. Celui-ci organise diverses manifestations afin de sensibiliser le grand public à cette question et propose sur son site une documentation sur le sujet.

 

logo mouvement HF femmes spectacle vivant heteroclite mai 2014

 

Ainsi, le premier état des lieux de l’Observatoire de l’égalité hommes-femmes dans la culture et la communication dresse un bilan plutôt pessimiste de la situation. Seuls 24% des établissements publics sous tutelle du ministère et 28% des structures subventionnées de la création artistique sont dirigés par une femme. Ces chiffres chutent même sous la barre des 10% dans les centres dramatiques et les pôles cirque. En outre, les structures dirigées par des femmes sont souvent celles qui perçoivent le moins de subventions.

Moins de femmes que d’hommes à la mise en scène et aux postes de direction

En région lyonnaise, les Célestins sont un peu l’arbre qui cache la forêt. Le théâtre municipal de Lyon, dirigé par Claudia Stavisky, est partenaire du Mouvement HF et des Saisons pour l’égalité homme-femme dans le spectacle vivant, qui réunissent des structures culturelles soucieuses d’interroger leurs pratiques et de modifier leurs comportements.

Car celles-ci ont encore du chemin à parcourir avant d’atteindre la parité dans leurs instances de direction, malgré la présence de Cathy Bouvard aux Subsistances et de Dominique Hervieu à la Maison de la Danse de Lyon, d’Odile Groslon au Polaris de Corbas, de Françoise Pouzache au Théâtre de Vénissieux, d’Anne Courel au Théâtre Théo Argence de Saint-Priest, d’Amélie Charvier à l’Atrium de Tassin-la-Demi-Lune, de Brigitte Pélissier au Théâtre Jean Marais de Saint-Fons, d’Élisabeth Saint-Blancat au Théâtre des Clochards célestes, de Marianne Devignot au Karavan Théâtre de Chassieu ou encore de Sandrine Mini au Toboggan de Décines. Sans oublier la direction collective du Nouveau Théâtre du Huitième, au sein de laquelle Anne de Boissy et Sylvie Mongin-Algan multiplient les initiatives autour des inégalités femmes-hommes, comme le spectacle Une Chambre à soi d’après un texte de Virginia Woolf en décembre 2013.

Cependant, les postes de direction ne sont pas les seuls à être touchés par ces inégalités : celles-ci concernent également la création artistique. Bien que l’on ait souligné le grand nombre de femmes (comédiennes et metteuses en scène) qui ont pris part au festival Sens Interdits en octobre 2013 ou encore au festival Super Eros en février dernier, les chiffres du ministère révèlent que seulement 29% des spectacles diffusés durant la saison 2011-2012 dans les théâtres et les centres dramatiques nationaux, sur les scènes nationales, les scènes conventionnées et dans les théâtres de ville étaient mis en scène ou chorégraphiés par des femmes.

Inégalités salariales

Enfin, le secteur du spectacle vivant est lui aussi touché par les inégalités salariales qui affectent plus largement le marché du travail. Les chiffres du ministère datant de 2010 font état d’un salaire horaire moyen inférieur pour les femmes de 8% dans les établissements publics et de 20% dans les entreprises culturelles du privé.

Au final, si le rapport de Reine Prat a permis l’éveil des consciences et la prise en considération de la place des femmes dans le spectacle vivant, force est de constater que les modifications sont longues à mettre en œuvre et que les systèmes d’inégalité restent vivaces. Or, le spectacle vivant, riche de ses spécificités artistiques, est un puissant moyen de représentation et de mise en perspective du monde. En se coupant du point de vue de toute une partie de la population, c’est la société toute entière qui se retrouve perdante.

 

 

Conservateurs pas réacs
Dans la région lyonnaise, la parité semble mieux défendue dans les musées que dans le spectacle vivant, notamment grâce à Sylvie Ramond (directrice du musée des Beaux-Arts de Lyon depuis 2004), Maria-Anne Privat-Savigny (directrice des musées Gadagne), ou encore Hélène Lafont-Couturier (directrice du Musée des Confluences, après avoir été celle du Musée gallo-romain de Lyon-Fourvière)

 

 

Photo : de gauche à droite et de haut en bas : Dominique Hervieu (La Maison de Danse, © Stéphane Rambaud), Claudia Stavisky (Les Célestins, © Christian Ganet), Cathy Bouvard (Les Subsistances, © Romain Étienne / collectif Item), Élisabeth Saint-Blancat (Théâtre des Clochards célestes), Amélie Charvier (L’Atrium), Sandrine Mini (Le Toboggan), Anne Courel (Théâtre Théo Argence) et Françoise Pouzache (Théâtre de Vénissieux).

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