Presque trente ans après la fin des Smiths, Morrissey est toujours là. Après bien des bas (scandales, disques paresseux, procès ruineux…), le voici tout en haut avec World Peace Is None of Your Business.

 

Morrissey en 2004 heteroclite lyon octobre 2014 copyright DR 2Sorti en 1988, le premier disque de Morrissey après la séparation des Smiths (Viva Hate) est une parfaite réussite, un équilibre habile entre rupture et continuité, qui place alors sous de bons auspices la carrière solo de Moz. Mais très vite l’hésitation et le désengagement le gagnent, à l’image de sa chère Manchester sinistrée par la crise industrielle (et par les mauvais traitements administrés par Thatcher). Le public préfère désormais l’abandon au combat, la défonce à la résistance. Le cynisme de Morrissey ne lui convient plus. La suite de sa discographie ne sera plus dès lors que 45 tours ou albums discrets, avec quelques très bons titres malgré tout. Le retour au rock brut en 1992 (Arsenal) et le disque Vauxhall and I (1994) marqueront l’apogée de sa carrière solo. Et depuis ? Beaucoup de bruit pour rien. Mike Joyce, ex-batteur des Smiths, le traîne en procès et réclame de l’argent pour certaines compositions auxquelles il aurait collaboré. Morrissey attaque ensuite à son tour en diffamation le NME (l’hebdomadaire musical de référence en Grande-Bretagne), qu’il accuse de lui avoir prêté des propos racistes lors d’une interview en 2007. Il fera aussi interdire la viande dans les stands de nourriture lors de ses concerts. Hélas, cette énergie débordante ne se retrouvait pas dans ses compositions. Jusqu’à cet été.

Éternel Morrissey

Si ce nouvel album surprend par son regain de musicalité, son créateur excessif et capricieux, lui, ne change pas. World Peace Is None of Your Business, dixième album solo sorti en juillet, a été enregistré dans le sud de la France. Pour l’occasion, la reine Moz était accompagnée en permanence d’un coiffeur qui lui coupait les cheveux quotidiennement et exigeait qu’il en soit de même pour le reste de son équipe. C’est donc entre deux caprices capillaires que la diva britannique a produit un album qui se classe aisément parmi les meilleurs et les moins futiles de sa carrière solo. Les mélodies, incroyablement riches, sont sublimées par un Moz dont la voix est absolument parfaite. Et quand le manque de subtilité se fait sentir sur certains titres, c’est pour laisser place à une belle rage portée par des batteries claquantes. Avec World Peace Is None of Your Business, Morrissey revient en force. Éternel adolescent, romantique et tourmenté, Morrissey chante ce qu’il a toujours chanté, à commencer par sa grande marotte, la défense de la cause animale. L’ex-Smiths nous offre ainsi une petite kitscherie (guitare flamenco à l’appui !) contre la corrida (The Bullfighter Dies, titre qui, malgré sa naïveté, reste certainement plus réussi que celui de Cabrel). Mais Morrissey excelle vraiment sur l’ensemble de l’album quand il dénonce, comme il l’a toujours fait, l’enrichissement d’une certaine classe, quand il laisse paraître sa détestation de l’homme ou quand il pleure ses amours perdues.

Morrissey, vendredi 31 octobre au Radiant-Bellevue, 1 rue Jean Moulin-Caluire / 04.72.10.22.19 / www.radiant-bellevue.fr

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