Après avoir mis en scène Shakespeare, avec notamment Hamlet et Roméo et Juliette, David Bobée s’attaque à un autre monument et propose Lucrèce Borgia de Victor Hugo. Empruntant aussi bien à l’univers cinématographique qu’au lexique des séries télévisées, à la danse qu’à l’acrobatie, David Bobée crée un spectacle qui tente de faire la part entre le monstre et l’humain. Et pour accentuer un peu plus la dualité de l’héroïne, le metteur en scène n’a pas hésité à faire appel, pour tenir le rôle-titre, à Béatrice Dalle, actrice sans cesse précédée par sa réputation sulfureuse et qui fait ici ses premiers pas sur les planches.

De son propre aveu, cela faisait longtemps que David Bobée voulait mettre en scène Lucrèce Borgia. Or, l’invitation du château de Grignan lui a paru l’occasion idéale pour donner à voir ce texte historique, débusquant l’humanité sous la monstruosité et dénonçant le monstre dans l’humain. En outre, le texte d’Hugo entrait en résonnance avec le travail du metteur en scène autour des pièces de Shakespeare, qui dépeint un monde instable, en transformation et confronté à des bouleversements politiques profonds. Surtout, la création de la pièce à Grignan était l’occasion de toucher un public large et populaire. Or, pour David Bobée, le théâtre doit être un divertissement qui offre un espace de réflexion collective. Ainsi, on retrouve dans ce nouveau spectacle la dimension pluridisciplinaire à laquelle Bobée est attaché : son Lucrèce Borgia emprunte aussi bien au cinéma et aux séries télévisées qu’à la danse et à l’acrobatie.

lucrece borgia beatrice dalle david bobée heteroclite lyon copyright Arnaud Bertereau - Agence Mona

Quand on l’interroge sur l’esthétique queer de son spectacle, David Bobée répond sans détour : «je suis un metteur en scène gay». Et de poursuivre : il y a bien «un truc un peu pédé» dans le spectacle, qui réside notamment dans le désir pour le corps des interprètes, «des corps au travail, musclés, colorés», qui reflètent les diverses origines ethniques des acteurs.

Béatrice Dalle, une Lucrèce évidente

Enfin, on notera la présence dans le rôle-titre, et pour la première fois sur les planches, de Béatrice Dalle. Selon Bobée, malgré l’évidence de confier le rôle de la sulfureuse Lucrèce à l’héroïne de Trouble Everyday, le statut de «tête d’affiche» de l’actrice l’a fait hésiter. Mais l’image punk de Dalle et surtout les liens qu’il pouvait tisser entre l’actrice et son personnage ont eu raison de ses doutes.

En effet, dans la pièce de Victor Hugo, Lucrèce n’est plus le monstre qu’elle a été, c’est un personnage en rédemption qui ne cesse d’être renvoyé à son passé. Or, l’image que le public se fait de Béatrice Dalle, que ce soit à cause de sa filmographie ou de sa vie privée, confère un background sulfureux à l’actrice qui s’est révélée pourtant simple et humble lors des sessions de travail. Cette dualité entre vie privée et vie publique nourrit alors le personnage de Lucrèce Borgia, à la fois monstre politique et mère désarmée face à son fils.

 

Lucrèce Borgia
Du 19 au 21 janvier 2016 à l’Opéra de Saint-Étienne, jardin des Plantes-Saint-Étienne / 04 77 47 83 40 / www.opera.saint-etienne.fr
Les 28 et 29 janvier 2016 au 
Théâtre du Vellein, avenue du Driève-Villefontaine / 04 74 80 71 85 / www.capi-agglo.fr
Les 2 et 3 février 2016 au Théâtre de Villefranche, place des Arts-Villefranche / 04 74 65 15 40 / www.theatredevillefranche.asso.fr

 

Photos : © Arnaud Bertereau / Agence Mona

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