Yohann Roszéwitch est depuis mars 2014 le président de l’association SOS Homophobie, dans laquelle il milite depuis 2006.

yohann roszéwitch president sos homophobie heterocliteQuel est l’apport de la loi du 30 décembre 2004 ?

Yohann Roszéwitch : Elle est importante symboliquement puisqu’elle reconnait la discrimination liée à l’orientation sexuelle. C’est important que celle-ci soit caractérisée par la loi. On voit d’ailleurs que l’existence du fait homophobe est aujourd’hui rentrée dans les mentalités et cette loi, comme d’autres, y a contribué. On ne peut plus nier que l’homophobie est une discrimination au même titre que le racisme ou l’antisémitisme.

Cette loi a été pourtant impuissante à faire condamner l’ancien député UMP Christian Vanneste…

Yohann Roszéwitch : Il est évidemment plus difficile de faire condamner des propos que des actes violents. Dans cette affaire, Vanneste avait été condamné par un tribunal correctionnel (2006) puis par une cour d’appel (2007) mais ces condamnations avaient été annulées, au nom de la liberté d’expression, par la Cour de cassation (2008), qui a estimé que ses propos ne visaient pas les homosexuels mais l’homosexualité. Il y a là une ambiguïté fondamentale et une faille de la loi, dont les homophobes savent d’ailleurs jouer très habilement. De même, plus récemment, Christine Boutin a déclaré que l’homosexualité était «une abomination » et l’Inter-LGBT a déposé plainte contre elle pour «diffamation» et «incitation à la haine». On verra quel sera le jugement rendu…

Pour notre part, nous avons décidé de ne pas nous associer à cette plainte, après en avoir débattu avec nos avocats, car ils n’étaient pas tous d’accord quant à son issue. Mais notre décision a également été motivée par des raisons financières et par la volonté de ne pas entretenir la notoriété de Christine Boutin, dont l’homophobie est depuis toujours le fonds de commerce. Récemment, SOS Homophobie a néanmoins réussi à faire condamner le journal d’extrême-droite Minute pour une “Une” particulièrement homophobe.

Quelles sont les autres insuffisances de cette loi, ses oublis ? Que souhaiteriez-vous lui voir ajouter ?

Yohann Roszéwitch : Pendant longtemps, le délai de prescription pour les injures homophobes (six mois) a été inférieur de moitié à celui des injures racistes et antisémites. Nous nous sommes battus pour que les délais de prescription soient d’un an pour tous les types d’injures : ils ont enfin été alignés en 2014. Nous continuons par ailleurs à demander que la loi punisse les appels à la haine commis à raison de l’identité de genre (et non de «l’identité sexuelle», expression qui peut porter à confusion avec l’orientation sexuelle), ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Cette loi ne conduit-elle pas également à traiter un problème politique global (l’homophobie) sous le seul angle de la judiciarisation ?

Yohann Roszéwitch : Ce n’est pas du tout notre philosophie. Nous souhaitons évidemment une répression des propos et des actes homophobes, mais nous travaillons aussi beaucoup sur la prévention, qui nous paraît primordiale, de ces propos et de ces actes. C’est pour cela que nous intervenons dans des collèges, des lycées, des entreprises mais également sur les réseaux sociaux.

Mais la loi française peut-elle s’appliquer à des entreprises américaines comme Facebook ou Twitter ?

Yohann Roszéwitch : Oui et d’ailleurs elles commencent à s’engager et à nouer des partenariats avec les associations LGBT. Là encore, la prévention ou une réaction des réseaux sociaux eux-mêmes sont bien souvent préférables à une action en justice, car des tweets homophobes, il y en a à longueur de journée. Nous préférons donc que Facebook ou Twitter interdisent explicitement les propos discriminatoires dans leurs conditions générales d’utilisation et qu’ils suppriment les messages homophobes ou transphobes et les comptes qui appellent à la haine.

 

Vingt ans de lutte contre l’intolérance

Association de type loi 1901 composée exclusivement de bénévoles, SOS Homophobie a été créée le 11 avril 1994. Son nom est évidemment un clin d’œil à SOS Racisme, fondé dix ans plus tôt. Une ligne d’écoute anonyme, objet premier de l’association, est ouverte le 25 octobre de cette même année. En 1997 paraît la première édition d’un Rapport sur l’homophobie qui devient annuel. À l’origine parisienne, l’association a su se décentraliser et compte aujourd’hui des correspondants locaux dans presque toutes les régions de France. En Rhône-Alpes, elle possède deux antennes, l’une à Lyon (permanences le deuxième samedi de chaque mois de 17h à 20h au Forum gay et lesbien, 17 rue Romarin), l’autre à Grenoble (permanences le deuxième mercredi et le quatrième mardi de chaque mois de 20h à 21h30 au Centre LGBT CIGALE, 8 rue du Sergent Bobillot).
01.48.06.42.41 / www.sos-homophobie.org

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