Un centre de santé sexuelle doit ouvrir ses portes à Lyon cette année. Mais ce type d’initiatives reste encore trop rare en France.

 

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C’est l’une des bonnes nouvelles de 2015 : Lyon devrait prochainement se doter d’un centre de santé sexuelle. La promesse en avait été faite par tous les candidats de gauche aux élections municipales de mars dernier (dont le maire sortant et réélu, le socialiste Gérard Collomb) et semble en voie d’être tenue. Mais qu’entend-on par «santé sexuelle» ? Ce concept a été défini par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au début des années 70 comme «un état de bien-être physique, mental et social dans le domaine de la sexualité». La santé sexuelle, ajoute l’OMS, «requiert une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d’avoir des expériences sexuelles qui soient sources de plaisir et sans risque, libres de toute coercition, discrimination ou violence». En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement de prévenir et de traiter les infections sexuellement transmissibles mais bien de prendre en compte l’individu dans les trois champs qui composent la sexualité : le biomédical, le psychologique et le social. La santé sexuelle regroupe donc des thématiques très diverses, de la contraception aux violences conjugales en passant par les problèmes d’impuissance, de baisse de la libido, d’infertilité ou de discriminations à l’encontre des minorités sexuelles. Pour ces dernières, cette approche globale est particulièrement pertinente puisqu’elle suppose de s’intéresser à la diversité des pratiques sexuelles, ce que ne font pas forcément tous les médecins et personnels soignants : Yagg.com a ainsi récemment publié des témoignages très éloquents sur les incompréhensions et les situations absurdes que rencontrent de nombreuses lesbiennes lors des visites chez leur gynécologues… Mais bien qu’il date d’une quarantaine d’années, le concept de santé sexuelle a encore du mal à s’imposer dans notre pays. Le centre lyonnais sera d’ailleurs en quelque sorte une première en France, puisqu’il sera rattaché au milieu hospitalier, ce qui n’est pas le cas du 190 à Paris (cf. encadré ci-contre). Ce dernier constitue d’ailleurs pour l’instant le seul centre de santé sexuelle en métropole (un autre existe à La Réunion). Mais des projets sont en cours à Dijon, à Toulouse, à Marseille et donc à Lyon, où l’association AIDES planche en outre sur une idée de «centre de santé sexuelle itinérant», un camion qui permettrait de toucher les populations les plus éloignées des soins.

Déjà des permanences

Le projet d’un centre de santé sexuelle lyonnais est né il y a quelques années au sein du pavillon d’infectiologie de l’hôpital Édouard Herriot. Rapidement, ses initiateurs perçoivent tout l’intérêt qu’il y a à faire travailler ensemble médecins et membres des associations de santé communautaires. Sollicitées, trois d’entre elles répondent présentes : l’Association de lutte contre le sida (ALS), Femmes, réduction des risques et sexualités (FRISSE) et le Collectif lesbien lyonnais (C2L), qui ont récemment été rejoints par Cabiria. À défaut de subventionner le projet, la Ville de Lyon s’est engagée à mettre à disposition gracieusement un local dans le quartier des pentes de la Croix-Rousse afin d’accueillir le futur centre. Des négociations entre l’hôpital Édouard Herriot, les associatifs et la municipalité sont donc en cours et devraient aboutir, si tout se déroule comme prévu, d’ici la fin du premier trimestre 2015. En attendant qu’un local soit trouvé, l’ALS accueille depuis début octobre dans ses locaux des permanences de santé sexuelle hebdomadaires, la première du mois étant plus spécifiquement dédiée aux femmes et aux personnes trans. Mêlant un médecin, un sexologue, des personnels hospitaliers et associatifs, ces permanences sont financées par la Coordination régionale de lutte contre le VIH (COREVIH) et proposent des tests de dépistage rapides du VIH (TROD), des consultations médicales (notamment sur les addictions), de l’écoute sexologique et du counselling. Un assez bon aperçu, en somme, de ce que pourrait offrir très bientôt le futur centre de santé sexuelle lyonnais.

Permanences de santé sexuelle, les mardis de 17h30 à 21h à l’Association de lutte contre le sida, 16 rue Pizay-Lyon 1 / 04.78.27.10.10 / www.sidaweb.com

Photo 1 : le dépistage anonyme et gratuit du VIH est l’une des nombreuses offres proposées dans un centre de santé sexuelle © Fanny Schertzer
Photo 2 : Le Sommeil de Gustave Courbet (1866)

 

Un retard français ?
Les centres de santé sexuelle sont jusqu’à présent le quasi-apanage des pays du nord de l’Europe ou anglo-saxons : les Pays-Bas, les États-Unis, le Canada, l’Australie… Dans ces pays, ils sont implantés dans quasiment toutes les grandes villes. Mais, à l’inverse, on n’en trouve pas en Espagne, en Italie, au Portugal et dans beaucoup de pays d’Europe. C’est donc plutôt une minorité de pays qui est en avance en ce domaine.

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