Dans Le Double Touché-e, un livre d’entretiens avec la critique Maud Benayoun, l’artiste et vidéaste Sylvie Blocher affirme et revendique son féminisme.

 

sylvie-blocher-le-double-touche-e-editions-archibooks-heteroclite.jpgSylvie Blocher est une artiste et vidéaste, qui affirme son féminisme, tout en déplorant que le terme soit considéré comme une insulte dans l’art contemporain (français). Et qui est convaincue que l’art est «un des derniers lieux où les questions politiques et sociales peuvent être encore problématisées et entendues». Le Musée d’Art moderne (MUDAM) au Luxembourg lui consacre en ce moment une grande exposition qui a pour titre S’inventer autrement. Comme elle l’explique dans des entretiens avec la critique Maud Benayoun, elle revendique un refus du «grand art», «d’un art qui ne parle que d’art» et défend un «art de l’impureté». Avec le projet de montrer les «sans-voix», ceux qui n’ont pas leur place dans les musées. C’est en particulier à leurs corps que s’intéresse Sylvie Blocher, car ils lui permettent de donner à voir comment les individus sont façonnés par des dispositifs sociaux. Comme, par exemple, dans un très beau diptyque avec Shaun Ross, un jeune Afro-Américain albinos gay, qui s’enduit le corps de noir et de blanc. Ou dans une vidéo où elle fait entendre différentes histoires de Fort Alamo, racontées par les descendants des «vainqueurs» et des «vaincus». Le dispositif de ces films frappe et touche : un personnage parle, chante ou agit face à la caméra. La vidéo n’est pas un film «sur», ce qui placerait l’artiste en surplomb ; mais bien un film «avec», et l’échange permet de faire naître un possible. La critique politique et sociale est aussi critique de la représentation. Comme le dit Sylvie Blocher : «faire parler les corps, c’est montrer des corps qui se libèrent plutôt que des corps représentés».

Le Double Touché-e de Sylvie Blocher (éditions Archibooks)

Photo : Sylvie Blocher et Shaun Ross pendant le tournage de l’œuvre A More Perfect Country (2012) de la série des Speeches (2009-2012, collection MUDAM ) © Christophe Beauregard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.