L’ensemble musical Les Nouveaux Caractères propose une surprenante version de l’œuvre du grand Henry Purcell, Didon et Énée. Coup de jeune garanti !

Allier le clavecin et la bande dessinée, c’est le pari incongru mais réussi de l’ensemble musical Les Nouveaux Caractères pour son adaptation du Didon et Énée de Purcell. Au premier abord, la réunion des termes «opéra» et «bande dessinée» évoque plus les cadavres exquis qu’affectionnaient les surréalistes qu’une forme du spectacle vivant. C’est néanmoins sur ce rapprochement qu’a parié l’ensemble musical Les Nouveaux Caractères, sous la direction de Sébastien d’Hérin, en s’adjoignant les services de la dessinatrice Florence Dupré La Tour. Présenté pour la première fois en 2010 à l’occasion du Festival de la Bande dessinée de Lyon, sa version insolite de l’opéra en trois actes Didon et Énée du compositeur Henry Purcell, créé en 1689, retrouve les planches lyonnaises pour une série de représentations au Théâtre de la Croix-Rousse.

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Cette œuvre, considérée comme le seul véritable opéra baroque du compositeur anglais, s’inspire du quatrième chant de L’Enéide de Virgile qui narre les amours impossibles entre Énée, héros troyen, et Didon, reine de Carthage.

Texte majeur de l’Empire romain naissant, L’Enéide a pour objectif d’asseoir la légitimité d’Auguste en affiliant Rome à la mythique Troie. Ainsi, Énée et plusieurs héros troyens sont amenés à prendre la mer après la destruction de leur ville par les Grecs, afin d’aller fonder une cité nouvelle (qui deviendra Rome). Au cours de leur périple, ils accostent à Carthage, gouvernée par Didon. Des sentiments naissent entre le guerrier en déroute et la reine carthaginoise et ils envisagent de s’unir par le mariage. Mais les dieux rappellent à Énée son noble destin et celui-ci abandonne une Didon transie d’amour, qui finit par se donner la mort avec l’épée de son soupirant, en regardant au loin s’éloigner les navires troyens.

Une épopée à travers les arts

Dans le livret de l’opéra, signé par Nahum Tate, l’injonction divine faite à Énée d’honorer son destin est remplacée par un subterfuge ourdi par des sorcières maléfiques. Or, la bande dessinée est propice à cette irruption du fantastique, la projection d’images offrant de grandes libertés de représentation. Dans le spectacle mis en scène par Caroline Mutel, les interprètes prennent place au cœur des dessins de Florence Dupré La Tour. L’univers inquiétant de la forêt où résident les sorcières ou la mer que doivent affronter les marins sont ainsi représentés par les traits de l’artiste avec force suggestion et une grande économie de moyens. Remise ainsi au goût du jour et portée par les instruments du XVIIe siècle, la passion de Didon pour Énée, vieille de deux mille ans, touche à l’immortalité.

 

Didon et Énée, du 28 avril au 6 mai au Théâtre de la Croix-Rousse, place Joannès Ambre-Lyon 4 / 04.72.07.49.49 / www.croix-rousse.com

 

Photo © Bertrand Pichène
Illustration © Florence Dupré La Tour

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