Patrice Béghain, ancien adjoint à la Culture de la Ville de Lyon, souligne dans cette série d’articles l’homo-érotisme qui se dégage de six tableaux tirés des collections des musées de Rhône-Alpes. Ici, La Décollation de Saint Jean-Baptiste, 1616, musée de Valence.


 

Martin Faber, La Decollation de Saint-Jean Baptiste, 1616, musee de ValenceLe récit évangélique de la danse de Salomé devant Hérode et de la décapitation du prophéte, à l’instigation d’Hérodiade, a suscité bien des interprétations. Les Pères de l’Eglise y ont trouvé prétexte à stigmatiser la luxure. Les peintres, de Cranach à Titien, ont vu pour leur part tout le parti qu’ils pouvaient tirer d’un sujet qui mêle l’horreur du supplice aux voluptés de l’Orient. Les artistes « fin de siècle », quant à eux, y ont trouvé matière à exprimer leur angoisse face au désir féminin et leur fascination d’un érotisme qui unit le sexe et la mort.

Le XIXe siècle a inventé la légende de la passion contrariée d’Hérodiade pour le fougueux prophète et la vengeance qu’elle souffle à sa fille Salomé, dont la danse a subjugué Hérode. Certains écrivains – et non des moindres, comme Oscar Wilde – attribuent d’ailleurs à Salomé elle-même, rejetée par le Baptiste, ce ressentiment funeste. Ainsi s’accomplit la castration symbolique de celui qui s’est refusé au désir d’une femme. Le drame se joue entre quatre personnages en quête de désir  : l’absolu du Messie qu’a reconnu le Baptiste, la fascination du roi pour la nubilité de sa belle-fille, l’anéantissement symbolique par Hérodiade de la virilité inaccessible et, pour Salomé, la première épreuve du pouvoir de la séduction.

Le Frison Martin Faber (1587-1648) a choisi, comme tant d’autres peintres, de représenter le supplice, propice à des contrastes plastiques et à l’expression de la terribilità. Posée sur un plateau, la tête déjà livide du martyr scelle une troublante union entre deux univers : la virilité brutale du bourreau dénudé au sourire satisfait et la féminité rougissante de Salomé, aux seins épanouis. Elle est vêtue d’une grande jupe de soie grise ouverte sur le devant par un grand crevé aux parements dorés, qui, jusqu’au sol, emplit l’espace de la toile et dont le raffinement, dans un esprit tout caravagesque, fait contraste avec le corps de Baptiste, aux pieds salis. La jambe nue du bourreau, à la carnation vive, frôle le drapé : une autre danse peut-être s’esquisse.

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