L’Opéra de Lyon reprend la version de Carmen qu’Olivier Py avait donné en 2012, dans une nouvelle distribution. Une mise en scène tout simplement magistrale.

carmen olivier py opera de lyon kate aldrich copyright stoflethAprès le semi-échec de Carmen lors de sa création en 1875, Georges Bizet, qui allait mourir quelques mois plus tard, était loin de se douter que son opéra deviendrait le plus joué au monde et un des plus populaires. En effet, même les plus réfractaires à l’art lyrique connaissent forcément l’un des tubes de Carmen (l’ouverture, la habanera, l’air du toréador…).

En revanche, pour le mélomane, un Carmen de plus peut rapidement devenir le Carmen de trop, tant il existe d’enregistrements et de productions différentes. Comment donc éviter que ce Carmen ne soit qu’une énième version supplémentaire ? Comment faire en sorte qu’il suscite l’intérêt, la surprise, l’enthousiasme ou même l’indignation du public ?

Dans l’interview qu’il a accordée à Hétéroclite, Olivier Py livre les clés de sa (re)lecture de l’œuvre : on oublie l’Espagne, la bohémienne ainsi que tous les atours folkloriques de Carmen pour n’en garder que l’essence politique qui s’y dissimulait, un spectaculaire hymne à la liberté.

Pour ce faire, Py nous propose une mise en scène flamboyante, spectaculaire et audacieuse. Pigalle se substitue à l’Andalousie, la cigarière devient meneuse de revue. Les personnages du livret originel sont transposés en prostituées, flics ripoux, travestis ou dealers de cocaïne. «Sacrilège !», s’époumonent les uns, tandis que les autres crient au génie.

Des références tant théâtrales que cinématographiques

Le génie est bien présent, aucun doute là-dessus. L’idée ingénieuse de mettre une scène sur la scène permet de gommer toutes les incohérences du livret originel. Le décor extraordinaire, tel un Rubik’s Cube tournant sur lui-même, permet de représenter tour à tour le cabaret, le bar de Lillas Pastia, les coulisses, un mur extérieur, avant de se déliter comme la relation entre Carmen et Don José, se réduisant progressivement à une structure maigre et décharnée.

Dans sa relecture de Carmen, Olivier Py offre tout au public, qui peut sans peine y trouver tout ce qu’il en attend : du spectacle, des références théâtrales et cinématographiques ou encore une réflexion sur des problèmes contemporains (par exemple la violence conjugale, symbolisée par les rapports de Carmen et de Don José). C’est donc une mise en scène extrêmement riche, peut-être même un peu trop. Comme pour les grands chefs-d’œuvre, il faut y revenir plusieurs fois pour en extraire chaque élément.

Une direction musicale critiquable

Sur scène, les voix principales (Kate Aldrich en Carmen et Arturo Chacón-Cruz en Don José) sont magnifiquement entourées, en particulier par l’Escamillo (interprété par Jean-Sébastien Bou). Le baryton Pierre Doyen (Moralès) est aussi juste dans son jeu que dans sa voix, ce qui nous fait regretter qu’il ne soit pas présent sur les scènes lyonnaises dans de plus grands rôles.

Mais si, en 2012, la déception venait principalement de la faiblesse vocale de Josè Maria Lo Monaco (Carmen), c’est la direction musicale de Riccardo Minasi qui n’a pas été au niveau lors de la première de 2015, jeudi 30 avril. Ses tempi lents ont rendu l’ouverture pompeuse, pour ne pas dire lourde ; ils ont également mis en difficulté les chanteurs, si bien que dans plusieurs scènes (par exemple dans le quintette du deuxième acte), un décalage entre la fosse et la scène est apparu.

Espérons que ce n’était là que l’effet du stress de la première et que ces imperfections seront gommées au fil des représentations. Car cette version de Carmen mérite assurément de rester dans les mémoires !

 

Carmen, jusqu’au 17 mai à l’Opéra de Lyon, 1 place de la Comédie-Lyon 1 / 04.69.85.54.54 / www.opera-lyon.com

 

Photos © Stofleth

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