Le duo stéphanois Schlaasss sort son premier album : dix-sept titres rageux, punk et trash comme une Knacki trop grillée. Le disque de l’été ?

schlaasssch Schlaasss heteroclite copyright Antonin BC’est dans un sac que la presse a reçu le premier album du groupe Schlaasss ; plus précisément, dans un sac en papier exactement semblable à ceux dans lesquels on emballe habituellement les poulets rôtis achetés le dimanche matin sur le marché où l’on traîne une bonne gueule de bois. Rien d’étonnant à cela puisque ce disque sorti fin avril est tout aussi gras, tout aussi politiquement incorrect et procure autant de plaisir qu’un bon poulet de batterie trop grillé.

Schlaasssch débute par un appel aux travelos, aux timides, aux branleurs, aux petit-e-s, aux transsexuel-le-s, aux taulard-e-s, aux vieilles putes, aux alcooliques analphabètes, aux sacs à foutre, aux fétichistes, aux frigides, aux gros tas, aux malades, aux Manouches et on en oublie. Le duo stéphanois convoque ainsi tous ses potes, tous les laissés-pour-compte, à sortir du bois à minuit, l’heure du crime : car le Grand Soir a sonné et le début du premier album de Schlaasss aussi !

Poésie de stade anal

Avec leur diction et leur vocabulaire de clochards avinés délirant sous l’effet de la Villageoise, Charlie Dirty Duran et Daddy Schwartz réinventent ici une lutte des classes punk et provocatrice. Sous leur plume affûtée comme un couteau de boucher, la fille-à-papa hipster devient une «salope», une «pauvre petite riche» qui va être réduite «en friche» et les néo-hippies bobos se transforment en cultivateurs de radis «avec des pulls Quechua». On l’aura compris : ces deux Stéphanois qui raffolent de Knackis ne font pas partie de la classe dominante («que sais-tu faire de ta vie d’con pour gagner ton pognon ?») et prennent un plaisir sadique à tirer à boulets rouges sur les habitudes et le confort bourgeois, incarnés notamment par des graphistes à moustache (héros malgré eux du morceau sobrement intitulé Crève).

Tout au long des dix-sept titres de l’album, Schlaasss refuse de dépasser le stade anal, préférant abuser du champ lexical du sexe, fait de salopes, de foutre ou d’enculés («j’ai envie que tu trouves l’entrée des artistes ; ce soir, chéri, je veux que tu me fistes»). Et enrobe cette niaque, cette provoc’ et cette poésie prolo d’un son génial, criard et sec, fait de beat hip-hop et d’électro, qui parfois se met au service du texte, parfois se suffit à lui-même. Schlaasssch, l’album de l’été ? Assurément. À partager autour d’un feu de camp, des Knackis premier prix posés sur la grille.

 

Schlaasssch de Schlaasss (Atypeek Music)

 

Photos © Antonin B.

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