Comment Olivio, enfant immigré, sensible et contemplatif, parviendra-t-il à devenir un homme et pourquoi pas un héros ? Si la question est commune et stéréotypée, la réponse de Brigitte Giraud déjoue les attendus et propose une nouvelle vision de la virilité et de l’héroïsme.

brigitte giraud nous serons des heros editions stock heterocliteAprès Avoir un corps, où Brigitte Giraud proposait le récit de la vie d’une jeune fille abordée sous l’angle de son corps, l’écrivaine lyonnaise publie aujourd’hui son dixième roman, Nous serons des héros. Cette fois, le point de vue adopté est celui d’Olivio (dont le prénom est francisé en Olivier), enfant puis adolescent portugais qui quitte avec sa mère son pays natal sous la botte de Salazar et s’installe dans la banlieue lyonnaise, chez son nouveau beau-père.

Le roman prend pour fil conducteur la construction identitaire du jeune garçon, à la recherche de ses origines (biologiques et géographiques), de sa sexualité (ou plutôt de son désir naissant) et de son genre. Pas à pas, le narrateur découvre celui qu’il sera en se confrontant à trois figures masculines majeures. D’abord celle du père, dont la mort est pour l’enfant auréolée de mystère et sur l’absence duquel il lui faut se construire. Ensuite celle de Max, le beau-père rapatrié d’Algérie, infatué, à la sensibilité limitée, qui se pose en protecteur de la famille grâce à son pistolet, symbole d’une virilité qu’il veut ostensible. Enfin, et surtout, celle d’Ahmed, le camarade de jeu, le frère, le semblable, le Patrocle, celui qu’Olivier invite en secret dans sa chambre.

Rapports de force et rapports amoureux

Mais Ahmed est aussi un autre, un faux bad boy singulier et énigmatique, désireux de dominer, d’impressionner et de provoquer celui qu’il devine fragile et fasciné. Sa violence muette rappelle «cette audace au repos amoureuse des périls» évoquée par Jean Genet dans son Journal du voleur. Si Olivier tente d’abord de prouver sa virilité à Max, c’est surtout auprès d’Ahmed qu’il cherche à «se battre pour résister» et être reconnu dans une sorte de dialectique sensuelle qui trouve son épiphanie dans une très belle scène de travestissement (qui n’est pas sans rappeler le cinéma d’Ozon ou certaines scènes des Bonnes, du même Jean Genet). La quête du pistolet paternel par les deux heroes (le clin d’œil à Bowie est manifeste) aboutit à un échec et, dans cette conception contemporaine du personnage masculin, c’est finalement la robe rouge de la mère qui devient l’attribut du héros.

 

Nous serons des héros de Brigitte Giraud (éditions Stock)

 

Photo Brigitte Giraud © Francesca Mantovani

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