Malgré quelques tableaux réussis, la mise en scène par David Marton de La Damnation de Faust d’Hector Berlioz nous laisse sur notre faim.

Lorsque Berlioz lit le premier Faust de Goethe (1808) traduit par Gérard de Nerval (1828), la pièce produit sur lui un grand effet et il compose dès 1829 Huit scènes de Faust. Il reprend ce thème dix-sept ans plus tard pour en faire ce qu’il décrit comme un «opéra de concert», La Damnation de Faust, créé en décembre 1846. Berlioz, qui écrit lui-même le livret en juxtaposant plusieurs scènes inspirées de l’œuvre de Goethe,  n’hésite pas à modifier la fin du récit, puisqu’il voue Faust aux tourments de l’enfer alors que celui-ci est sauvé chez Goethe. Cette légende dramatique, telle que la nomme Berlioz, est un casse-tête pour les metteurs en scène : comment adapter cette succession d’impressions et de tableaux qui n’est pas pensée pour la scène ?

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David Marton résout cette équation en respectant l’esprit de l’œuvre, c’est-à-dire en refusant d’établir une continuité entre les scènes, qui se succèdent et mettent à mal notre esprit rationnel cherchant à établir un développement logique de l’histoire.

Dans un décor surplombé par une voie d’autoroute brisée, David Marton illustre chaque tableau en puisant tantôt dans l’Histoire ou l’actualité (avec une référence aux réfugiés de 1940 et de 2015), tantôt dans son propre univers.

Certains sont délicieux, comme l’arrivée du diabolique Méphistophélès, caché dans un chœur qui chante son air à l’unisson avant de s’éparpiller pour laisser apparaître le tentateur. Manière de dire que la foule est le diable ? On adhère ! On aime aussi le final, durant lequel Faust, damné, est revêtu d’un costume, d’une cravate rouge et d’un chapeau melon qui évoquent les financiers d’un quartier d’affaires. Est-ce pour signifer que le capitalisme, c’est l’enfer ?

D’autres scènes, en revanche, sont plus obscures et plongent le public dans un trouble que seule la musique parvient à dissiper. C’est le cas en particulier La Course à l’abîme (la chute de Faust en enfer), apogée dramatique de l’œuvre, ici tournée en dérision par des effets comiques.

Les partis-pris de David Marton peuvent plaire ou déplaire. Le soir de la première, la salle de l’Opéra de Lyon a ainsi applaudi sans retenue le Faust de Charles Workman, la Marguerite de Kate Aldrich et surtout le croustillant Méphistophélès de Laurent Naouri, ainsi que le chœur toujours fabuleux de l’Opéra de Lyon. Mais lorsque l’équipe de la mise en scène est venue saluer, les huées, les bravos et les applaudissements feutrés se partageaient équitablement l’espace sonore.

De cette Damnation de Faust, on retiendra surtout la qualité des chanteurs et de l’orchestre (brillamment dirigé par le chef Kazushi Ono). Mais pour ce qui est de la mise en scène, c’est un peu comme dans un restaurant gastronomique : de bonnes idées, mais on repart en ayant faim !

 

La Damnation de Faust, jusqu’au 22 octobre à l’Opéra de Lyon, 1 place de la Comédie-Lyon 1 / 04.69.85.54.54 / www.opera-lyon.com

 

Photos © Bertrand Stofleth

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