Seul Français à avoir atteint les demi-finales du concours international de piano Long-Thibaud-Crespin à Paris, Franck Laurent-Grandpré, pianiste lyonnais de vingt-quatre ans, raconte son expérience, ses débuts au piano et ses projets.


 

Franck Laurent-Grandpré heterocliteComment le piano est-il entré dans votre vie ?
Franck Laurent-Grandpré : Mon parcours est assez atypique. Je ne suis pas issu d’une famille musicienne ; j’avais fait un peu de chant choral auparavant, mais rien de plus. J’ai découvert le piano par hasard, à l’âge de treize ans. La rencontre avec cet instrument a été forte. Le piano m’est apparu comme une vocation, et tout s’est enchaîné rapidement. J’ai rencontré Bruno Robilliard, professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse (CNSMD) de Lyon, et bien qu’il ne prenne pas d’élèves débutants habituellement, il a été intéressé par le fait que j’improvisais et que je créais déjà des pièces de musique, ce qui est inhabituel pour quelqu’un qui débute tout juste. J’ai donc travaillé avec lui et, un an plus tard, j’ai intégré le Conservatoire de Région de Lyon. Deux ans après, j’y obtenais la «médaille d’or» avec les félicitations. L’année qui a suivi, j’ai intégré la Haute École de Musique de Genève, puis je suis revenu au CNSMD de Lyon, où j’ai étudié auprès de Georges Pludermacher et Marie-Josèphe Jude. Enfin, je suis rentré en Master au Conservatoire National Supérieur de Paris. Je viens d’y finir mes études avec Denis Pascal en obtenant mon prix mention très bien à l’unanimité et avec les félicitations du jury.

 

Vous venez de finir demi-finaliste du concours international de piano Long-Thibaud-Crespin. Quels sentiments retirez-vous de cette expérience ?
Franck Laurent-Grandpré : J’avais déjà participé au concours de Lagny-sur-Marne, où j’avais obtenu le troisième prix, et je n’envisageais pas de participer si prématurément au Long-Thibaud-Crespin, qui est un des plus grands concours de piano. Mais j’ai été attiré par les conditions de sélection : c’est l’un des rares concours où le jury se déplace (à Paris, Londres, Moscou, Tokyo ou encore Philadelphie) pour sélectionner les candidats. À l’inverse, les sélections de la plupart des concours de piano se font sur DVD. C’était un avantage pour moi de jouer en direct et j’ai décidé de passer les sélections. Comme je n’avais pas prévu de m’y présenter, j’ai dû apprendre l’œuvre imposée en trois semaines. C’est pour cela qu’être sélectionné a déjà été une surprise. Par la suite, il a fallu que j’apprenne la moitié du programme, qui était très lourd (près de trois heures de musique), en deux mois. Ça a été éprouvant et ce n’était pas des conditions optimales de préparation. Être arrivé dans les douze demi-finalistes (parmi cent-soixante candidats), c’est donc plutôt un bon début et j’en suis très heureux.

 

Lors de la première épreuve, vous avez joué, entre autres, le Liebestod de Wagner transcrit par Liszt. N’est-ce pas un choix curieux pour un concours de piano dans lequel il faut démontrer une certaine virtuosité ?
Franck Laurent-Grandpré : Au contraire, j’ai trouvé que jouer cette œuvre était une bonne entrée en matière. Les pièces imposées comme Scarbo de Ravel, Islamey de Balakirev ou les Études-Tableaux de Rachmaninov sont des pièces virtuoses qui permettaient de faire un tri technique. C’est pourquoi, pour la pièce laissée au libre-choix des candidats, j’ai considéré que rajouter une autre œuvre virtuose, c’était faire doublon. J’ai donc préféré jouer une pièce qui met en valeur la musicalité. Mon choix s’est porté sur le Liebestod de Wagner, qui est un des chefs-d’œuvre de la musique, magnifiquement transcrit par Liszt.

 

Quels sont vos projets pour les prochains mois ?
Franck Laurent-Grandpré : Pour l’instant, je continue à préparer les concours, en particulier le Reine Élisabeth, qui se tiendra à Bruxelles en mai 2016, ce qui me laisse un peu plus de temps pour apprendre le programme. Je vais également préparer les concerts qui vont se dérouler d’ici-là. En parallèle, je voudrai consacrer plus de temps à la composition et à l’improvisation. La création, c’est quelque chose qui à toujours été présent pour moi et qui est important. Et puis, je vais continuer à développer mes compétences techniques et musicales.

 

Avec un tel parcours, avez-vous encore besoin de travailler ?
Franck Laurent-Grandpré : Oui, il faut développer cette perfection formelle que l’on demande aux pianistes, mais sans perdre le vivant, la créativité, le sens musical. Il faut comprendre une œuvre dans la manière même dont elle à été composée, voir en quoi elle peut être géniale ou différente pour en rendre compte au public. Il faut rechercher l’esprit d’une pièce et oser en proposer une lecture personnelle pour rendre toute sa vie à la musique. C’est une quête qui réhabilite le travail du musicien et la beauté de la musique. C’est le travail d’une vie.

 

Le site de Franck Laurent-Grandpré : www.francklaurentgrandpre.com

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