La chronique « Précipités » est une mini-galerie de portraits tenue par Wendy Delorme au gré de ses rencontres. Ce mois-ci, elle nous présente l’actrice et réalisatrice de films pornos Zahra Stardust.

zahra stardustZahra Stardust est Australienne et la première fois que je l’ai vue, c’était sur l’écran de mon ordinateur. Je visionnais un court-métrage intitulé Fuckdolls*, dans lequel deux jeunes femmes habillées en Barbie jouaient avec des poupées du même nom et s’en servaient comme sextoys, moquant l’incontournable scène lesbienne du porno hétéro à laquelle personne ne croit, parodiant l’idéal de beauté inatteignable incarné par ces poupées aux mensurations impossibles et montrant leur similitude avec la plastique des pornstars.

J’ai découvert quelques semaines plus tard que, dans la vraie vie, Zahra Stardust ressemble vraiment à une Barbie punk : cheveux blonds platine méchés de bleu et de rose, pull rose, ongles roses, jean déchiré et doc Martens roses montantes (mais pas en cuir, car Zahra est vegan). On s’est rencontrées devant le Kino Moviemento à Kreuzberg, lors du Porn Film Festival de Berlin.

Curieuse d’en apprendre plus sur cette fille souriante et réfléchie qui pourrait illustrer la jaquette d’un manga érotique signé Mattel et avec qui j’allais animer le lendemain un atelier de partage de savoirs sur les sexualités, j’ai engagé avec elle une discussion sur son rapport à la pornographie.

Juriste et travailleuse du sexe

Zahra a entendu parler de pornographie pour la première fois pendant un cours de droit à l’université de Sydney : «le sujet m’a scotchée. J’ai su aussitôt que je voulais regarder du porno, faire du porno, créer et écrire sur le porno». Elle obtient deux diplômes : un en art et un en droit, avec pour majeures la criminologie, les droits de l’homme et les lois anti-discrimination. «J’allais en classe avec mes chaussures et mes costumes de strip-teaseuse portés pendant la nuit». Elle travaille dans un cabinet de juristes, donne des cours de pole dance, se produit comme performeuse burlesque,  trapéziste  et modèle photo fetish, enseigne à l’université et écrit son mémoire de master sur la performance érotique comme forme politique d’activisme féministe.

«Le jour où j’ai arrêté de travailler dans le cabinet de juristes, je suis rentrée chez moi et j’ai teint mes cheveux en bleu». Peu après, Zahra se porte candidate aux élections parlementaires sous la bannière de l’Australian Sex Party, se présente à la Chambre des représentants en 2009, au Sénat en 2010 et à la Mairie de Sydney en 2012. «Angela White et moi avons été les premières candidates d’un parti politique à tourner une scène porno ensemble et nous avons fait campagne en faisant du pole dance dans la rue et en distribuant des préservatifs expliquant comment voter». Elle travaille quatre ans durant pour Scarlet Alliance, l’association australienne des travailleurs du sexe, dont elle porte les revendications de décriminalisation au Parlement.

Pour une pornographie féministe

La logique pluridisciplinaire de Zahra – active sur le front de la recherche comme juriste, sur le front militant comme activiste pour les droits des travailleurs du sexe et sur le front des cultures visuelles comme performeuse et actrice porno – démultiplie les modes d’expression d’un même projet : celui d’une pornographie féministe qu’elle décrit comme «une forme plurielle de mouvement social décentralisé, informé par les pensées féministes et queer, lié aux droits des travailleurs du sexe, aux luttes antiracistes, aux études sur les normes corporelles, à l’activisme des personnes vivant avec un handicap».

Selon Zahra, «les pornographies féministes ne se contentent pas d’essayer de montrer un plaisir sexuel féminin authentique : elles promeuvent des modes de production éthiques, une diversité des représentations, les droits des travailleuses et travailleurs et l’auto-détermination. Le brouillage des frontières entre réalisatrices et actrices accroît la marge de manœuvre des performeuses et leur maîtrise de la dimension artistique du travail. Les individu-e-s partagent des savoirs pour créer des contenus en dehors des structures corporate. La pornographie est souvent une forme de protestation contre la censure et dénonce la discrimination de certains corps et sexualités couramment désignés comme « choquants« ».

La loi au service du porno hétéronormé

Elle critique le modèle australien de classification de la pornographie, qui renforce un business model hétéronormatif et réduit la capacité de production et de diffusion des producteurs locaux et indépendants qui proposent une alternative à la pornographie mainstream. Sa thèse en cours porte sur la régulation légale de la pornographie en Australie et examine les effets de la criminalisation des intimités queer à l’aune des droits humains.

L’avenir du porno féministe est-il en Australie ?

 

www.pinkscholar.com

 

* Fuckdolls sera projeté vendredi 11 décembre au Lavoir public (4 impasse de Flesselles-Lyon 1) dans le cadre de la soirée « Performances » du festival Only Porn (du 10 au 13 décembre)

 

Photos Zahra Stardust © Richard Arthur

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