Auteur, chorégraphe, comédien et artiste de music-hall, Julian Duchanoy, 23 ans, interprète actuellement son spectacle Joséphine, délirante et délurée tous les mardis à 20h jusqu’au 28 juin aux www.facebook.com/Les-Tontons-Flingueurs-199817450050367/.

D’où venez-vous ?

Julian Duchanoy : Je suis né à Besançon et j’ai vécu mes quinze premières années dans un petit village de Franche-Comté. À l’âge de seize ans, j’ai quitté la campagne pour partir vivre ma passion, le spectacle, à Paris. Je travaille et vis à Lyon depuis fin 2012.

Quelle formation avez-vous suivi et quelle est votre parcours professionnel ?

Julian Duchanoy : Rêveur et solitaire, j’ai développé très tôt un intérêt pour le milieu artistique, en 1996, alors que j’assistais à une représentation du spectacle L’Harmonie est-elle municipale ? du Cirque Plume. Ce n’est qu’à l’âge de dix ans que j’ai poussé pour la première fois la porte d’une salle de danse. J’avais soif d’apprendre ! À l’issue du premier cours, ma professeure de l’époque m’a dit que j’avais «une grande marge de progression devant moi», une façon polie de m’annoncer que j’avais énormément de travail à fournir si je souhaitais arriver à quelque chose dans ce domaine. Une jambe cassée va ensuite me priver de ces premiers mois d’apprentissage.

Ce coup dur sera finalement salutaire : je me suis mis à écrire et à travailler mon corps, ma musculature et ma souplesse. J’entre alors dans la compagnie Elles & Dance, une troupe amateur qui m’a permis de pratiquer la danse plusieurs heures par semaine et de me produire régulièrement sur scène.

Mes années collège achevées, Emmanuelle, ma professeure, soutient mon désir d’entrer au Conservatoire de Besançon. La rentrée suivante, j’intègre le Cycle Supérieur de Danse Contemporaine tout en continuant ma scolarité en horaires aménagés. Grâce à ce rythme adapté, je peux suivre une formation chorégraphique intensive, tout en découvrant la musique, le solfège, l’histoire de la musique et de la danse. Danser devient très vite un défi de plus en plus exigeant, ce qui décuple ma motivation !

julian duchanoy josephine delirante et deluree maquillage À l’issue de deux années d’études, j’obtiens le Certificat de fin d’études chorégraphiques avec les félicitations du jury à l’unanimité et je passe avec succès le concours d’entrée au Conservatoire de Paris. Cette nouvelle vie me permet d’aborder la création et d’élargir mes activités : chant, théâtre, performances variées… Je croise dans la capitale des professeurs de renom et des artistes tels que Carolyn Carlson, qui m’a fait percevoir ma passion différemment. Désormais, je considère le mouvement comme un poème, ce qui marque un changement important dans mes ambitions : je ne serai pas un «danseur», mais un «artiste», au sens plus large.

En parallèle de ma scolarité, je créé des performances de rue à Besançon et un premier solo chorégraphique, que je présente à l’occasion de festivals et de soirées privées.

En 2012, j’ai continué à évoluer aux côtés de Michel Hallet Eghayan à Lyon, puis le hasard m’a conduit jusque dans un cabaret où, pendant plus de deux ans, je me suis produit chaque soir. Là-bas, j’ai appris à me maquiller et à me transformer. J’ai dansé, j’ai joué la comédie… Au fil du temps, l’écriture s’est peu à peu imposée comme un trait d’union entre mes envies théâtrales et chorégraphiques. C’est pourquoi, en juin 2015, j’ai contacté Didier Nathan, directeur du café-théâtre Les Tontons flingueurs, afin de lui proposer Joséphine, délirante et délurée, mon premier «one-(presque)woman-show». À l’issue d’une première représentation à guichets fermés, Didier s’intéresse à mon projet et décide d’apporter sa patte à la mise en scène et de programmer le spectacle régulièrement dans son établissement.

Depuis août 2015, je ne travaille plus au cabaret et je me consacre à plein temps à Joséphine et à mes autres travaux d’écriture. Fin janvier, j’ai présenté pour la première fois à l’Acte 2 Théâtre un second spectacle seul-en-scène et en partie autobiographique, Mémoire et confidences.

Mes créations empruntent aujourd’hui autant à la danse qu’au théâtre, à l’humour ou encore à la poésie. Ainsi, je suis incapable aujourd’hui d’affilier mon art à un style, à une technique ou à une esthétique particulière. Ce que je fais réside davantage dans la façon de métisser les arts.

D’où vient le personnage de Joséphine que vous incarnez dans votre spectacle ? Cela fait-il partie d’une démarche militante, engagée de votre part ?

Julian Duchanoy : Ce personnage est né alors que je travaillais au cabaret Oh Paradis, à Lyon. Je me souviens avoir écrit un premier sketch sur les intérêts de la chirurgie esthétique et de l’avoir proposé à mon patron afin d’animer le dîner de nos clients. Mon idée lui plaît… Joséphine commence à faire son show ! Ma prestation reçoit un franc succès et j’éprouve un grand plaisir à me glisser dans la peau de cette femme BCBG de quarante-sept ans. Les clients en redemandent et j’écris donc d’autres numéros, jusqu’à ce qu’un ami me suggère de monter un spectacle complet avec Joséphine. J’imagine alors son histoire.

julian duchanoy josephine

Joséphine est une femme bourgeoise et vulgaire malgré-elle qui accorde, suite au départ de son mari Édouard, une importance démesurée à la sexualité. À l’aube de la ménopause, Joséphine est soudain contrainte d’affronter une vie de célibat… Angoissée par l’éventualité qu’elle n’aura plus jamais de rapports sexuels, elle nous fait part de ses aventures érotiques aux saveurs délicieusement répugnantes !

Cru et décalé, ce spectacle est également plein de sensibilité et de poésie. Certes, cette femme est un personnage de music-hall, mais les difficultés qu’elle traverse, comme les questions qui la taraudent, concernent tout le monde. Sur scène, elle rit, elle pleure, elle danse, elle chante des chansons paillardes…

L’identité de Joséphine se rapproche tantôt d’une Amélie Poulain sensible, tantôt d’une Mistinguett légère et frivole.

Quels liens entretenez-vous avec la communauté LGBT ? 

julian duchanoyJe suis très lié et en même temps très détaché de la communauté LGBT. C’est paradoxal ! Je me sens lié à elle, d’une part à travers mes préférences amoureuses et d’autre part par tous ceux que je connais et qui en font partie. Je ne choisis pas les établissements de nuit que je fréquente pour leur rainbow flag et je ne suis pas systématiquement sensible à l’art qui traite de l’homosexualité.

Dire que je fais partie de cette communauté est ainsi vrai, dire que j’y attache une importance particulière ne l’est pas. Je ne fais aucune différence. J’aime le milieu gay festif – même si le fréquenter n’est pas pour moi indispensable –, j’aime traiter dans mes spectacles de l’ambiguïté des genres, j’aime me transformer…

Je me rends là où les rencontres me portent et j’ai beaucoup de mal à placer les humains dans des tiroirs. Il me suffit d’observer les gens dans la rue pour me rendre compte que leurs différences sont une réelle source d’inspiration pour moi, ainsi qu’une richesse monumentale. J’aime la communauté LGBT autant que j’aime vivre… Tout simplement !

 

Photos Julian Duchanoy © Éric Lanuit

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