Composée au camp de concentration de Terezín, L’Empereur d’Atlantis est une œuvre au destin singulier, à voir dans le cadre du festival « Pour l’Humanité ».

Composée au camp de concentration de Terezín, L’Empereur d’Atlantis est une œuvre au destin singulier, à voir dans le cadre du festival « Pour l’Humanité ».C’est au Théâtre national populaire (TNP) de Villeurbanne que se joue actuellement L’Empereur d’Atlantis de Viktor Ullmann. Composé dans le camp de concentration de Terezín en 1943, cet opéra ne passa pas la censure nazie lors de la répétition générale. Ce n’est qu’en 1975 qu’elle fut créée à Amsterdam, trente ans après la mort de son compositeur à Auschwitz.

C’est une fable qui dépeint l’empereur Overall dans son exercice dictatorial du pouvoir (les nazis n’avaient que trop remarqué le parallèle entre ce personnage et Hitler, ce qui explique la censure de l’opéra…). Le tyran déclare la guerre de tous contre tous. Mais la Mort, offensée, se met en grève. Soldats, guerriers, condamnés… Malgré les injonctions de l’empereur, plus personne ne meurt et l’amour fleurit même entre les combattants. De guerre lasse, l’Empereur accepte le pacte que lui propose la Mort : elle consent à reprendre son service s’il est le premier à disparaître.

Imaginé en tenant compte des effectifs disponibles au camp de Terezín, l’orchestre de l’œuvre est relativement réduit, mais cela n’a pas empêché Ullmann de composer une musique fascinante, sur un livret grave mais porteur d’espoir et qui ne manque pas de notes d’humour.

Petit par la taille mais grand par le propos et la musique

Il faut reconnaître un certain charme à ces opéras de chambre (courts et aux effectifs minimalistes) «exportés» par l’Opéra de Lyon au TNP ou au Théâtre de la Croix-Rousse. Leurs dimensions modestes n’impressionnent pas autant le spectateur, qui se sent plus proche des artistes. L’absence de fosse impose aux metteurs en scène d’inclure l’orchestre dans l’espace scénique et, parfois, d’en faire un acteur à part entière du récit.

Dans cette mise en scène de L’Empereur d’Atlantis par Richard Brunel, une grande table ovale encombrée de téléphones figure le quartier général depuis lequel Overall dirige les opérations avec l’aide de son «tambour» et de son «haut-parleur». À l’arrière-scène, surélevé et séparé par un plan incliné, l’orchestre déploie sa partition sous la direction de Vincent Renaud. La simplicité du décor, associé à des jeux de rideaux, n’ôte rien à sa force poétique. Quant aux solistes du studio de l’Opéra, ils tiennent leur rôle avec conviction.

Un spectacle à voir pour son propos et pour découvrir la musique de Viktor Ullmann, trop longtemps oubliée et qui a ravi, entre autres, les nombreux lycéens présents à la première.

 

L’Empereur d’Atlantis, jusqu’au 24 mars au TNP, 8 place Lazare Goujon-Villeurbanne / 04.78.03.30.00 / www.tnp-villeurbanne.com

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