Pasolini, una vita violenta, l’exposition que présente Michel Chomarat à la Bibliothèque municipale de la Part-Dieu, promet d’être passionnante.

Son titre, qui est aussi celui d’un roman de Pier Paolo Pasolini, est révélateur de la fascination exercée par l’intellectuel, poète et cinéaste italien. Une fascination qui tient avant tout à son inlassable défense de «toutes les désacralisations possibles» et à son «manque total de respect pour tout sentiment institué», selon des expressions des Lettres luthériennes. Non sans qu’il puisse, d’ailleurs, nous apparaître aujourd’hui quelques contradictions : dans les Lettres luthériennes, justement, c’est dans les mêmes pages où il redit son opposition à l’avortement que l’intellectuel a une puissante formule pour refuser la «tolérance» de la société. «Le fait même de «tolérer» quelqu’un revient à le «condamner». (…) Sa «différence» – ou plutôt sa «faute d’être différent» reste la même aux yeux de celui qui a décidé de la tolérer et de celui qui a décidé de la condamner».

pier paolo pasolini heteroclite mai 2014

Davantage encore, Pasolini semble avoir incarné cette contestation dans sa vie. Jusqu’à la mort : l’intellectuel a été assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, sur la plage d’Ostie, lieu de drague gay, par un prostitué. Ce n’est pas pour rien que, dans la culture gay, l’aura de Pasolini est à la même hauteur que celle de Genet. Leur homosexualité apparaît comme une revendication de la marginalité au cœur de leur existence, comme une position générale vis-à-vis de la société. Ils partagent le même goût pour la fréquentation des voyous et des marginaux, le même rejet du conformisme et des valeurs jugées «bourgeoises».

Des débats « pasoliniens »

Il est frappant de constater à quel point certains débats contemporains sont «pasoliniens» – parfois  inconsciemment – en particulier les discussions récurrentes sur les modes de vie des minoritaires sexuels. Souvent avec un moralisme et un mépris qui évoquent ceux de Pasolini : alors même qu’il s’oppose à la morale dominante, Pasolini parle lui-même beaucoup de la manière dont il faudrait se comporter (son Saint-Paul, scénario d’un film qu’il n’a jamais tourné, est particulièrement traversé par cette tension). On pourrait lui objecter qu’une politique «gay» devrait plutôt chercher à détruire toutes les lignes de conduite, sauf peut-être celles que l’on se donne soi-même.

Certains, régulièrement, déplorent que les gays soient devenus ceci ou cela, que l’homosexualité se soit normalisée, etc. On peut soulever le paradoxe suivant : le discours sur l’«homosexualité transgressive» est en fait aussi ancien que l’histoire de l’homosexualité moderne. L’esthétisation érotique des classes populaires, des voyous ou des marginaux se retrouve chez Marcel Proust et Oscar Wilde, bien plus tard chez Bernard-Marie Koltès, et chez d’autres encore. Loin d’être une histoire de régression ou de normalisation, l’histoire de l’homosexualité prend alors plutôt la forme d’une série de transmission et de réincarnation de traditions culturelles.

 

Pasolini, una vita violenta, jusqu’au 10 août à la Bibliothèque municipale de la Part-Dieu, 30 boulevard Marius Vivier-Merle-Lyon 3 / 04.78.62.18.00 / www.bm-lyon.fr

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