Entretien avec Yannick Le Marre, cofondateur d’iDyls, la start-up qui a racheté la marque Têtu en novembre 2015.

Disparu des kiosques cet été et de la Toile cet automne, Têtu n’est toutefois pas tout à fait mort. Disons qu’il s’est réincarné sur le Net le 1er janvier, date du (re)lancement du site Têtu.com. Mais au-delà du titre, ce nouveau Têtu a-t-il encore beaucoup à voir avec l’ancien ? Nous en avons parlé avec Yannick Le Marre, l’un des responsables d’iDyls, la société éditrice du site, dont il est le directeur commercial.

 

yannick le marre têtu © Yann Mittelette

Qu’est-ce qu’iDyls ?

Yannick Le Marre : C’est une start-up française créée en 2011 par Julien Maquaire et moi-même, spécialisée dans le développement et l’édition d’applications pour mobiles. L’équipe de Têtu a fait appel à nous pour développer une application de rencontres, SoTêtu, que nous avons lancée en mai.

Comment vous est venue l’envie de racheter la marque Têtu ? Y réfléchissiez-vous depuis longtemps ?

Yannick Le Marre : Pas du tout ; nous avons été très surpris lorsque nous avons appris la liquidation judiciaire du titre Têtu. Racheter la marque n’était pas du tout dans nos projets lorsque nous avons commencé à travailler ensemble. Mais cela nous a paru assez logique à partir du moment où elle était en vente, afin de pouvoir faire la promotion de l’application SoTêtu, dont nous étions co-propriétaires. Et puis, Têtu représente beaucoup pour moi en tant que gay et je n’avais pas envie que le titre tombe entre de mauvaises mains. Je dois dire aussi que nous avons été confortés dans notre décision par le soutien de l’équipe éditoriale et du propriétaire du magazine, Jean-Jacques Augier.

Pour l’un comme pour l’autre, c’est donc votre première incursion dans le domaine de la presse ?

Yannick Le Marre : Tout à fait. Nous ne sommes pas issus des médias mais nous avons toujours été de grands lecteurs de presse. Notre inexpérience nous a fait un peu hésiter, mais au final, nous nous sommes dit que nous ne faisions pas de la chirurgie cardiaque et que nous allions apprendre progressivement, comme beaucoup de gens le font, en avançant pas par pas afin de ne pas décevoir les attentes qui ont pu naître autour du site.

Quelles sont les personnes qui écrivent actuellement pour Têtu.com ?

Yannick Le Marre : Quatre correspondants, des journalistes – en devenir pour certains – constituent le noyau dur du site. Ils forment un collectif qui a pour but d’incarner la renaissance de Têtu. Bien évidemment, quatre personnes, ce n’est pas suffisant pour traiter tous les sujets et nous proposons donc une collaboration à ceux de nos lecteurs qui auraient envie de communiquer sur des choses qui leur semblent essentielles.

Par le biais de blogs, par exemple ?

Yannick Le Marre : Je ne sais pas, on y travaille encore.

Au-delà du titre, quelle part de l’héritage de Têtu souhaitez-vous conserver ?

Yannick Le Marre : Pour nous, l’essentiel n’est pas de relier ce que nous faisons avec le passé : bien sûr, nous voulons nous en inspirer mais nous pensons aussi qu’il faut aller vers de nouveaux horizons. Nous souhaitons nous adresser aussi bien aux jeunes et à un lectorat nouveau qu’aux lecteurs qui ont accompagné Têtu à ses débuts. Têtu.com sera un média axé principalement sur le lifestyle masculin, car le magazine, depuis des années, était lu à 86% par des hommes. Mais il doit, dans le même temps, rester une vigie des droits de tous les LGBT.

Comment entendez-vous vous positionner par rapport à Yagg ?

Yannick Le Marre : Le positionnement de Yagg est très différent du nôtre, il est plus centré sur le militantisme et l’avancement des droits LGBT dans le monde. Nous n’avons pas vocation à marcher sur leurs plates-bandes, même si, de par l’histoire de Têtu, nous souhaitons être nous aussi partie prenante de l’avancée des droits et relayer leurs progrès. On ne s’interdira donc pas de publier des contenus plus informatifs et plus militants. C’est aussi dans l’ADN et dans l’histoire de Têtu.

Avez-vous toujours le projet de relancer Têtu en kiosques également, comme l’évoquait justement Yagg en novembre ?

Yannick Le Marre : Notre réflexion à ce sujet est bien avancée mais toujours en cours. Si Têtu revient en kiosques, ce sera sans doute sous un format différent, mais avec toujours cette même qualité premium. Nous voulons éviter à tout prix de tirer l’héritage de ce magazine vers le bas. Donc soit on fait les choses bien, soit on ne les fait pas. Mais pour l’instant, nous n’en sommes pas là. Cela fait seulement trois mois que le nouveau Têtu.com est en ligne et nous sommes très contents des premiers retours que nous avons reçus car nous avons énormément travaillé pour cela. Le site a déjà retrouvé son audience d’avant le redressement judiciaire du titre. Une fois qu’il sera bien établi, on pourra avancer sereinement vers un retour au papier. C’est important pour la communauté, pour la visibilité des minorités, pour montrer la diversité de ce pays.

Avez-vous jeté un œil sur Garçon Magazine, le nouveau bimestriel gay dont le troisième numéro est sorti le 28 mars ?

Yannick Le Marre : Non, pour être honnête, je ne l’ai pas encore lu, j’en ai simplement eu des échos. On était juste un peu déçus d’apprendre qu’un DVD de porno gay était inséré dans le premier numéro. À mes yeux, ça ne va pas dans le sens de l’Histoire. Pour ce qui nous concerne, nous aimerions continuer à tirer la presse gay vers le haut.

 

Photo © Yann Mittelette

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