Amateur de strass et de boas autant que de musique et de littérature, Camille Germser transpose Les Précieuses ridicules de Molière dans un univers de music-hall. Quand le tea time se transforme en beuverie, les précieuses tombent le masque face au marquis. La bande des girls, fidèles au metteur en scène Camille Germser, emmènent tambour battant cette comédie sarcastique, devenant, autant que les personnages qu’elles incarnent, les sujets de cette pièce, qu’il a déjà reprise deux fois. Nous avons voulu savoir ce qui le poussait à sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier.

Créé pour la première fois en 2010 au Théâtre de la Croix-Rousse, le spectacle Les Précieuses ridicules, qui transpose la pièce de Molière dans un univers de music-hall débridé, revient à Lyon dans une troisième version, toujours interprétée par les comédiennes de la compagnie La Boulangerie et mise en scène par Camille Germser. Le salon de Magdelon et de Cathos se retrouve plongé dans un subtil jeu de références au cinéma et aux séries télévisées, les précieuses du XVIIème siècle devenant des jeunes femmes d’aujourd’hui, avides de reconnaissance.

Esprit burlesque et numéros chantés viennent agrémenter le texte originel, laissant place à une farce assez jouissive qui met en lumière nos travers contemporains, à grands renforts de plumes et de paillettes. Les saillies fusent, les personnages s’enferment dans leur caricature, respectant ainsi l’esprit moliéresque. Même les ajouts musicaux, composés par Germser lui-même, finissent par renvoyer à la tradition du théâtre classique français. Mais pourquoi diable offrir une troisième version à ce spectacle, qui avait déjà été profondément remanié entre la première et la deuxième version ?

Les precieuses ridicules moliere camille germser heteroclite lyon copyright Julien Benhamou

Germser : une Pénélope des temps modernes ?

Camille Germser aime entretenir des relations au long cours avec ses créations. C’est ainsi qu’un autre de ses spectacles, La Sublime Revanche, tourne depuis douze ans. Avec la pièce de Molière, Germser cherche à mettre en avant le ridicule des codes sociaux auxquels nous nous conformons, de la course effrénée à la réussite et à la reconnaissance qui nous anime. Lorsqu’on l’interroge sur cette obsession à retravailler sans cesse le même matériau, il affirme que ces multiples recréations sont autant de moyens de mieux comprendre la pièce, d’approfondir des aspects qui – faute de temps ou d’argent – n’avaient pu l’être pleinement précédemment. Mais c’est aussi, selon lui, une façon de modifier notre rapport au temps et de ne pas reléguer la création artistique au rang de denrée jetable, aussitôt vue, aussitôt oubliée.

Tissant sans cesse la même trame, entouré de ses comédiennes, de sa scénographe et de sa costumière, il instaure également un véritable esprit de troupe et la référence à Molière prend alors une nouvelle dimension.  Loin d’être un stratagème afin de retarder une fin inévitable, la technique de travail de Germser est au final un approfondissement, un acharnement productif.

Les Précieuses ridicules, du 16 au 23 juin au Théâtre de la Croix-Rousse, place Joannès Ambre -Lyon 4 / 04.72.07.49.49 / www.croix-rousse.com

Photos : © Julien Benhamou

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