Les déclarations de Jean-Pierre Chevènement invitant les musulman-e-s de France à « la discrétion » devraient faire dresser l’oreille des personnes LGBT…

Cet été, Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la République, par ailleurs opposant farouche au mariage pour tous, à la PMA et à la GPA, a cru bon d’inviter une minorité de ce pays à «la discrétion». Cela a bien suscité quelques remous, mais rien qui devrait trop gêner ce vieux cheval sur le retour. Il est curieux quand même que cette déclaration n’ait pas déclenché une levée de boucliers chez les personnes LGBT. Les mêmes qui démarrent au quart de tour à la seule évocation des noms de Christine Boutin ou de Frigide Barjot sont restés impassibles devant les bons conseils de Jean-Pierre Chevènement, quand ils ne les ont pas approuvés.

Cette injonction à «la discrétion», pourtant, on la connaît bien, pour se l’être maintes fois prise dans la gueule. C’est elle qui nous recommande («pour notre bien», évidemment) de ne pas être trop folles ou trop butchs, de nous faire invisibles, de ne pas descendre dans la rue pour défendre nos droits, de ne pas nous tenir la main (ne parlons pas de nous embrasser) en public. C’est ce «pour vivre heureux, vivons cachés» qui incite tant de personnalités publiques homosexuelles à rester dans le placard et qui n’a jamais fait avancer quoi que ce soit, surtout pas la tolérance, bien au contraire. C’est cette tentation de vouloir reléguer notre différence dans l’alcôve ou la chambre à coucher, dans «la sphère privée» comme on dit à propos d’une certaine minorité, des fois que notre visibilité brûle les yeux de la majorité.

Répondre à l’intolérance par l’intolérance ?

Mais il se trouve que la minorité visée était une minorité religieuse et c’est bien la raison pour laquelle tant de personnes LGBT lui ont refusé leur solidarité. Les attentats d’Orlando, de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray sont encore venus renforcer cette tendance, particulièrement forte chez les minorités sexuelles, à vouloir répondre à l’intolérance de quelques fanatiques par l’intolérance et le mépris à l’égard de tous les croyant-e-s. Rien de comparable dans l’horreur avec les meurtres de 49 clubbers, de 86 touristes ou d’un prêtre de 85 ans, certes. Mais rien non plus qui nous donne des motifs de fierté, bien au contraire.

En 2012 et 2013, au moment des «débats» autour du mariage pour tous, nous avons défilé au nom de «l’égalité», réfutant l’accusation de nos adversaires selon laquelle nous ne faisions que défendre des intérêts catégoriels et égoïstes. Mais sommes-nous réellement capables de nous battre pour l’égalité et contre les discriminations quand celles-ci ne nous visent pas directement ? Ou bien ne consentons-nous à exprimer notre solidarité que selon des termes fixés par nous, au mépris de l’auto-détermination des premier-e-s concerné-e-s ? Bref, avons-nous vraiment, depuis, été à la hauteur de cette promesse de 2012 ?

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