Jérôme Clément-Wilz, réalisateur d’Être cheval, dresse dans son documentaire le portrait de Karen, une professeure transgenre de 50 ans ayant changée de vie pour devenir pony-girl. Cette pratique, proche du SM, consiste à se transformer en cheval dans un jeu de domination.

Ce sont deux facettes de Karen que nous présente Jérôme Clement-Wilz dans le documentaire Être cheval. Tantôt femme trans assumée, n’ayant que faire du regard extérieur, tantôt femme cheval, autrement dit pony-girl. Sabots, crinière, rênes… Karen est guidée par Foxy, chasseur et dresseur abrupt. Seulement, le réalisateur ne présente pas cette pratique comme un simple jeu, ou comme quelque chose de sexuel. Au contraire, cette dimension est effacée pour dévoiler un réel rite de perfectionnement dans le pony-play.

Entre érotisme et rite mystique

Tout au long d’Être cheval, nous comprenons qu’il n’y a qu’un pas entre un jeu SM de domination et une pratique réellement chamanique visant à pousser à la perfection dans ce domaine. Foxy, qui pourrait être vu au premier abord comme un paysan rustre et sans manière, est présenté comme un vrai professeur. Chaque parole dictée est interprétée par Karen comme une leçon et ne peut être remise en question.

Karen, pour sa part, voit aussi le côté magique de cette pratique et non l’aspect sexuel. Le but est ici de rechercher une affection, mais pas celle de la chair. En effet, cette professeure de 50 ans n’a pas eue de relations sexuelles depuis plusieurs années. Elle raconte le pony-play comme le fantasme d’un monde merveilleux, loin de l’étrangeté qu’on pourrait associer à cette pratique.

Une domination recherchée, face à l’asservissement de la société

Karen explique que le pony-play est pour elle une façon d’échapper à la société. L’enfer, à ses yeux, c’est de subir la pression d’un patron, de se «lever tous les matins pour gagner un salaire minable». En revêtant sa parure de cheval, c’est elle, et non plus la société, qui choisit la façon dont elle est dominée. Le pony-play apparaît alors comme un abandon du corps pour tester ses sens. Les yeux bandés, elle n’a d’autre choix que de faire confiance à son environnement et de suivre la voix de son maître Foxy. C’est elle qui décide de s’abandonner à la pratique du pony-play, qui néanmoins reste épuisante, physiquement et mentalement.

Une pratique comme une autre

On le constate tout au long du documentaire : chaque séance de pony-play a une conséquence sur Karen. Nous apercevons sa difficulté à finir chacune d’elles, comme si elles dégradaient son corps et son esprit. On ressent aussi le questionnement de cette femme sur sa vie, ses sentiments et sur ses proches : «personne ne m’a jamais aimée», dit-elle, comme si cette pratique lui permettait de sentir une affection qu’elle ne pourrait pas retrouver ailleurs. Pourtant, en l’écoutant, on découvre un exercice qui, bien qu’exténuant, lui permet de se sentir grandie et fière d’elle.

Dans ce documentaire, on découvre un monde que nous ne penserions jamais rencontrer. Cet univers que l’on pourrait trouver dérangeant nous est présenté comme féerique, presque poétique, grâce à une musique, des images et des personnages extraordinaires.

 

Être cheval, dimanche 12 mars à 17h15 au Lavoir public, 4 impasse de Flesselles-Lyon 1 / 09.50.85.76.13 / www.festival-em.org

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