La musicienne Banshii joue sur la confusion avec ses mixes de bass music, son bidouillage avec Britney et ses compositions électro-grunge.

Lorsqu’on rencontre Banshii dans un café croix-roussien, nous somme très déçu de nous trouver face à une Italienne qui boit une tisane et non un ristretto. Heureusement pour nos clichés, elle parle avec les mains : nous voilà rassuré… Cette musicienne de vingt-cinq ans ne se dit pas technicienne ; pourtant, les pistes vocales de ses titres ou de ses reprises disent le contraire : elles sont d’une justesse rare et ses entrelacements de chants rappellent la virtuosité d’une Björk. Et cela n’a rien d’un hasard : «c’est une des premières artistes que j’ai écoutées. J’avais douze ans, elle venait de sortir Medúlla, un album entièrement a capella et cela m’a marquée».

Des influences, il y en a d’autres chez Banshii, et tant pis pour le grand écart. Elle crée des mashups à partir de tubes de Britney et fait des reprises de Chris Isaak, Tori Amos ou Nirvana. C’est bien le spleen de Kurt et de toute la clique du Seattle des années 90 qui envahit la moindre de ses compositions : Banshii est une grunge… électronique. «C’est un peu bizarre, mais sortir en club, faire la fête la nuit, c’est quelque chose qui me fascine énormément. Il fait noir, tout est sombre… Je n’aime pas les musiques joyeuses. Les musique électroniques que j’écoute sont toutes dark».

Elle compose sur ordinateur, «parce que ça ne coûte pas trop cher alors qu’il y a tout un orchestre là-dedans ! Mais je trouve que c’est un peu mathématique, pas très ludique. Du coup, j’ai rajouté un clavier». Ses mixes pour les soirées penchent vers la bass music avec des ouvertures sur la new rave, la bass rave… Autant de sous-genres qu’elle décrit volontiers comme «des trucs ché-per. L’important, c’est que ce soit dark».

Femmes en scène

 «Je suis bien sûr à fond dans tout ce qui est féminisme et question de genres», poursuit-elle. «Les seules fois où je ressens que je suis une femme qui fait de la musique, c’est lorsqu’il est question de représentations. J’ai toujours fait de la musique et je n’avais jamais pensé à me produire en live avant mes vingt-trois ans. Tout simplement parce que je ne voyais pas de femmes le faire. Je n’avais pas vraiment de modèles, de projections».

Le plus difficile aujourd’hui pour Banshii, c’est d’intégrer les bons réseaux qui permettent de se produire. Il faut pour cela toujours démarcher. «Certaines musiciennes arrivent à parler de leurs projets. Pas moi. C’est très dur pour une femme de se «vendre», plus que pour un homme». Banshii n’a pas pour autant l’impression d’appartenir à un groupe militant, à un seul crew. «Aucune ambiance ne me permet à elle seule de me sentir moi-même. Il faut plusieurs ambiances pour cela. J’aime bien m’éparpiller, mélanger. Dans la vie comme dans ma musique».

Photo © Marion Bornaz

www.soundcloud.com/banshiimusic

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