Au-delà du symbole, un-e président-e noir-e, gay, lesbienne, femme… donne de la visibilité (et donc un peu de pouvoir) aux personnes minorisées.

Le 20 janvier, les États-Unis ont dit adieu à leur premier président noir en même temps qu’ils enterraient (provisoirement) l’idée qu’une femme, pour la première fois, puisse lui succéder dans le Bureau ovale. Que se passerait-il si, en France, un président ouvertement gay ou une présidente ouvertement lesbienne accédait à l’Élysée ? Ce ne sera probablement pas pour 2017 (à moins d’un coming-out surprise dans les trois prochains mois !), mais, en cette année d’élection présidentielle, rien n’interdit  de se poser la question.

Lorsque, pour la première fois, une personne minorisée accède à un poste à responsabilité, il n’est pas rare d’entendre et de lire dans certains médias des exclamations exagérées et des qualificatifs superlatifs tels qu’«historique». C’est parfois même l’angle principal sous lequel les journalistes traitent du résultat d’un scrutin : qu’on se souvienne par exemple de la façon dont beaucoup ont couvert l’élection l’an dernier à la tête de Londres d’un maire travailliste et, pour la première fois, musulman.

Face à ce déferlement d’enthousiasme ou au contraire de haine, les sceptiques ont bien entendu raison de rappeler que l’orientation sexuelle d’un-e élu-e, son genre, sa religion ou sa couleur de peau ne déterminent pas à eux seuls son programme ni sa politique. Et que l’accession au pouvoir d’un seul individu minorisé, si elle permet souvent de se donner bonne conscience (voire de nier l’existence d’une domination systémique) n’engendre pas automatiquement des retombées matérielles positives pour l’ensemble des personnes minorisées.

L’importance de la représentation

Mais on aurait tort pour autant de sous-estimer la portée symbolique de tels événements. La situation des Africains-Américains ne s’est guère améliorée sous la présidence d’Obama et des mouvements comme Black Lives Matter témoignent de la persistance du racisme et des violences policières à l’encontre des Noir-e-s. Beaucoup lui ont, à juste titre, reproché une approche trop timorée de ce qu’il est convenu d’appeler «la question raciale aux États-Unis». Pour autant, parmi les électeurs africains-américains interrogés récemment par les médias pour tirer un bilan de la présidence Obama, certains expriment, en dépit des désillusions bien réelles, une forme de fierté d’avoir vu pendant huit ans une famille noire à la Maison Blanche.

Pour les individus minorisés, en proie à des caricatures et à des stéréotypes, la question de la représentation revêt une importance capitale et les symboles ne sont pas pour eux que symboliques : ils peuvent aussi avoir des conséquences très concrètes en terme d’estime de soi, de respect accordé par autrui… Pour les Noir-e-s, les femmes, les LGBT, les musulman-e-s…, un modèle reconnu auquel s’identifier, c’est un peu de pouvoir de gagné. Ça ne bouleverse pas radicalement les conditions matérielles d’existence et ce n’est pas totalement sans effet non plus. C’est pourquoi on a besoin de plus de coming-out de célébrités. Et aussi de vigilance critique pour le jour où, peut-être, nous seront gouverné-e-s par un gay ou une lesbienne…

 

Photo © Pete Souza / White House

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