Le festival de printemps de l’Opéra de Lyon, qui cette année a pour thème la mémoire, propose une recréation de la mise en scène légendaire signée Ruth Berghaus (1986) d’Elektra de Richard Strauss.

C’est après avoir assisté à une représentation d’Elektra de l’écrivain Hugo von Hofmannsthal, inspirée de la tragédie de Sophocle, que Richard Strauss envisage de mettre la pièce en musique. Dès 1906 débute une collaboration entre les deux hommes qui va se prolonger avec de nombreuses œuvres, parmi lesquelles Le Chevalier à la rose, La Femme sans ombre ou encore Arabella.

Il faudra deux ans à Richard Strauss pour écrire cette partition flamboyante. Les lignes vocales sont sans concession et l’orchestration luxuriante nécessite plus d’une centaine d’instrumentistes. La tension extrême (on pourrait même parler de violence de la musique) fait du rôle d’Elektra l’un des plus exigeants du répertoire. Car il est effectivement question de violence dans cette œuvre. Oreste est en exil et sa sœur Elektra est tourmentée jusqu’à l’obsession par sa soif de vengeance. La raison ? Leur mère Clytemnestre et son amant Egisthe ont assassiné leur père Agamemnon. Oreste revient de son exil pour accomplir cette vengeance…

Un orchestre non plus dans la fosse mais sur scène…

Il y a quelque chose de mystérieux dans la mise en scène de Ruth Berghaus. Plus de trente ans après, elle est toujours aussi saisissante. Pourtant, il n’y a là rien d’exceptionnel. Dans un décor statique, les protagonistes évoluent sur un plongeoir surplombant la scène, largement occupée par l’orchestre. L’histoire veut que la fosse de l’Opéra de Dresde ait été trop petite pour contenir l’effectif pléthorique voulu par Richard Strauss. Ruth Berghaus a alors contourné cette difficulté en intégrant les musiciens dans son dispositif scénique. Contrainte ou intuition géniale ?

Toujours est-il que, sorti de la fosse, l’orchestre prend une autre dimension. Il n’est plus seulement l’interprète de la musique de Strauss mais il incarne un rôle à part entière : celui d’Agamemnon. Dès les premières notes jouées fortissimo, c’est le leitmotiv du père assassiné qui apparaît, tel un cri venu d’outre-tombe qui réclame vengeance. La relation qui s’installe alors entre les chanteurs et l’orchestre n’est plus seulement musicale, mais devient une interaction dramatique

Et c’est peut-être cet effet que souhaitait Richard Strauss quand il se plaignait auprès du chef Ernest von Schuch de «toujours entendre la voix d’Ernestine Schumann-Heink» (la cantatrice qui interprétait Clytemnestre lors de la création). Il voulait que l’orchestre ne soit plus seulement au service du chant, mais une voix autonome qui participe à la tragédie avec sa force et sa puissance évocatrice.

… et qui donne le meilleur de lui-même

Sous la direction du chef Hartmut Haenchen, l’Orchestre de l’Opéra de Lyon donne sans nul doute une de ses meilleures performances. Tour à tour agressif, lyrique, raffiné ou brutal, il incarne magistralement toutes les passions qui circulent dans cet opéra. Le plateau vocal est également de haute volée. L’Egisthe de Thomas Piffka est soutenu et Christof Fischesser, dans le rôle d’Oreste, déploie un timbre tout empreint d’affection fraternelle. Du côté des voix féminines, Katrin Kapplusch en Chrysothémis (la soeur d’Électre et d’Oreste) incarne dans ses nuances les hésitations du personnage et Lioba Braun campe brillamment une Clytemnestre à mi-chemin entre la cruauté et la perversité. Enfin, Elena Pankratova est une Elektra majestueuse. Elle incarne toute la palette des émotions, de la rage à l’espoir, avec conviction et une voix qui ne présente jamais de faiblesse.

Voir et entendre cet Elektra n’est pas simplement assister à un opéra. C’est faire une expérience unique dont on sort enchanté et ébranlé, essayant de comprendre ce qui nous est arrivé.

 

Elektra, jusqu’au samedi 1er avril à l’Opéra de Lyon, place de la Comédie-Lyon 1 / 04.69.85.54.54 / www.opera-lyon.com

 

Photos © Stofleth

Un Réponse à “Avec « Elektra », l’Orchestre de l’Opéra de Lyon électrise la scène”

  1. Claude

    J’aime beaucoup les opéras mais je ne peux malheureusement pas me déplacer pour y assister. J’ai vu que les cinémas Pathé en diffusait certains dont Le Chevalier à la Rose. J’irai donc le voir au cinéma avec grand plaisir.

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