Chaque mois Hétéroclite s’intéresse, en partenariat avec le Centre de santé et de sexualité de Lyon, à une pratique sexuelle. Ce mois ci, le sexe oral.

Dans Le Petit Larousse, les pratiques de sexe oral sont définies de la manière suivante : «une forme de sexualité dans laquelle le sexe d’une personne est stimulé par la bouche, la langue, ou les lèvres d’une autre ou d’elle-même». Même si la définition s’attarde sur l’auto-fellation ou l’auto-cunnilingus, le sexe oral est souvent pratiqué à deux, comme un préliminaire ou pour conduire son/sa partenaire jusqu’à l’orgasme.

Jusqu’à la révolution sexuelle des années 1970, les plaisirs buccaux étaient considérés par les savants puis par les sexologues comme une déviation de l’instinct sexuel ou comme des troubles psychologiques. En 1952, le cunnilingus et la fellation étaient ainsi classés parmi les comportements pathologiques dans la première édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, un ouvrage américain de référence. Il n’était même pas encore question pour les scientifiques de parler d’anulingus. Pourtant, même Napoléon Bonaparte était un aficionado des plaisirs buccaux : «un baiser plus bas, plus bas que le sein. Tu sais bien que je n’oublie pas les petites visites; tu sais bien, la petite forêt noire, je lui donne mille baisers» écrivait-il ainsi à son épouse Joséphine de Beauharnais.

Le taoïsme, l’origine d’une vitalité sexuelle

Alors que dans les sociétés occidentales les rapports bucco-génitaux ont longtemps été tabous, ils revêtent une place importante dans le taoïsme chinois. Les taoïstes considèrent en effet que les fluides corporels (sperme, salive, liquide pré-éjaculatoire, cyprine…) sont des fluides vitaux, que les perdre entraîne donc un amoindrissement de la vitalité et qu’au contraire les ingérer permet de retrouver de la vigueur. Pour eux, le mélange des liquides mâles et femelles est une forme de réconciliation qui renoue avec les temps mythiques d’avant la séparation des sexes.

Malgré l’opprobre qui les a longtemps frappés, la fellation, le cunnilingus et l’anulingus ont joué un rôle important dans la culture occidentale. La poésie d’Octavio Paz évoque ainsi l’extase et la transe qu’apporte le cunnilingus, la prose de Louis Calaferte se demande dans Septentrion «pourquoi les hommes aiment-ils tant être sucés» et la littérature de Houellebecq est obnubilée par le léchage en tout genre. Au cinéma aussi (dans Black Swan et Gone Girl et sur les affiches des films Novo ou Ken Park), le plaisir de sucer ou de lécher est mis à l’honneur. La musique n’est pas en reste face à ces pratiques : les Rita Mitsouko chantaient «ah c’est beau, c’est chaud, c’est bon (…) on fait chanter l’instrument» et Beyoncé clame qu’elle est «impatiente de rentrer à la maison, pour que tu puisses tourner ta langue dans ma cerise».

Des risques faibles mais bien réels

Malgré leur aspect& plaisant et inoffensif, les pratiques sexuelles orales comportent aussi des risques sanitaires. Si l’anulingus ne présente qu’un faible risque de contamination par le VIH, cette pratique favorise en revanche la transmission de bactéries, de germes ou d’IST comme la syphilis, l’hépatite A ou la blennorragie. Il est donc conseillé d’éviter de pratiquer un anulingus après une pénétration anale, qui peut provoquer des saignements.

Quant au cunnilingus, il peut transmettre des IST comme l’herpès ou le papillomavirus (à l’origine du cancer de la gorge). Aucun risque en revanche d’être contaminé par le VIH, sauf pendant les règles, mais on peut utiliser une digue dentaire pour se protéger.
Une fellation sans préservatif présente elle aussi un risque de transmission du VIH, même si il est très faible. Pour qu’il y ait une transmission, il faut qu’une porte d’entrée existe. Cette dernière peut être créée par une mauvaise hygiène buccale, une éjaculation buccale (avaler augmente les risques), des problèmes de gencives, l’usage du tabac et toute autre activité qui endommage les muqueuses de la bouche. À savoir que le risque est presque nul pour celui qui reçoit la fellation, mais celui ou celle qui la pratique court un plus grand risque.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *