La Différence des sexes de Nicolas Mathevon et Éliane Viennot montre comment les stéréotypes de genre biaisent les connaissances scientifiques et défend une approche féministe de la recherche.

Nicolas Mathevon et Éliane Viennot ont rassemblé autour d’un ouvrage collectif (La Différence des sexes. Questions scientifiques, pièges idéologiques) douze chercheurs et chercheuses pour montrer comment la science exagère, consciemment ou non, les différences (bien réelles) entre hommes et femmes et entre mâles et femelles pour aboutir à une vision essentialiste des sexes. L’essai passe ainsi en revue diverses disciplines, des arts aux sciences de la vie en passant par le droit, l’histoire, le sport, la primatologie…

Chaque contributeur et contributrice commence par donner des exemples du sexisme insidieusement niché au cœur de son domaine de recherche, avant de faire le point sur les questionnements et les recherches actuelles dans cette discipline, qui tendent à invalider les stéréotypes de genre. Les auteurs et autrices s’interrogent également sur la frilosité du monde universitaire français à accepter le concept de « genre » comme un outil pertinent d’étude scientifique. Ils et elles soulignent enfin qu’une approche féministe est souvent dévalorisée dans le monde de la recherche, car elle est perçue comme contraire à l’ »objectivité«  et à la « neutralité«  scientifiques. L’ouvrage défend au contraire l’idée que cette approche constitue un enrichissement de la connaissance car elle incite les chercheurs et chercheuses à se questionner sur les biais que les stéréotypes de genre peuvent induire dans leurs travaux.

Animaux à queer épais

Ces biais sont bien réels et insuffisamment combattus. Le manque de formation des étudiant-e-s aux questions de genre et la lenteur de la réhabilitation des figures féminines (autrices, compositrices, sportives…) favorisent la reproduction des stéréotypes de genre. Un chapitre est ainsi consacré à l’éthologie (l’étude du comportement animal), une discipline qui légitime souvent la vision essentialiste des sexes.

Dans ce domaine, une vision anthropocentriste, hétéro-normée et patriarcale influe sur les recherches scientifiques en occultant une multiplicité de comportements où les rôles respectifs des mâles et des femelles ne correspondent pas aux schémas conventionnels. Ainsi, chez certaines espèces d’araignées, d’insectes ou de poissons, la femelle est plus grosse que le mâle. Chez les hyènes tachetées, les femelles sont plus agressives que les mâles. Elles dominent le groupe et échappent à la copulation forcée grâce à leur « pseudo-pénis«  (en réalité, un clitoris hypertrophié et allongé) que les mâles doivent pénétrer lors de la reproduction.

Dans d’autres espèces (lionnes, chimpanzés, bonobos…), les femelles sollicitent activement les copulations. Le mâle s’occupe du nourrissage chez 90% des espèces d’oiseaux et l’homosexualité, enfin, est courante chez 1500 espèces, comme le manchot ou le goéland. Par de très nombreux exemples semblables, l’ouvrage nous invite ainsi à reconsidérer «l’immense variété des manières de construire ou de vivre» la différence des sexes, pour mieux servir à la fois la science et l’égalité entre hommes et femmes.

La Différence des sexes. Questions scientifiques, pièges idéologiques, sous la direction de Nicolas Mathevon et Éliane Viennot (éditions Belin)

 

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