Depuis les années 60, le poppers est l’une des substances récréatives les plus populaires, grâce à son prix faible, à sa grande facilité d’accès et à ses effets multiples. Mais quels sont ses risques ?

Le poppers (qui doit son nom au «pop» que font les petites fioles dans lequel il est contenu quand on les ouvre) est le deuxième psychoactif le plus consommé en France (derrière le cannabis). C’est en fait un terme générique qui désigne de multiples substances à base des nitrites d’alkyles : nitrites d’amyle, de butyle, de pentyle ou de propyle. C’est un vasodilatateur : quand il est inhalé, les vaisseaux sanguins se dilatent, le cœur bat plus vite et le sang afflue vers le cerveau en provoquant de fortes palpitations. Ses effets, qui durent de quinze secondes à trois minutes selon le type de poppers, sont euphorisants, désinhibants et sexuels : il amplifie l’orgasme et l’excitation et favorise la dilatation anale.

Il existe des poppers « doux« , « médiums » et « forts« . Ces derniers sont utilisés pour leurs effets rapides et puissants mais peuvent empêcher l’érection. Les poppers doux ont quant à eux des effets plus progressifs mais aussi plus longs et c’est pourquoi ils sont privilégiés par les amateurs de jeux de longue durée, comme le fist-fucking.

Des hôpitaux aux boîtes de nuit

Le nitrite d’amyle est synthétisé pour la première fois par un Français, Antoine-Jérôme Balard, en 1844. Néanmoins, ce n’est qu’en 1867 qu’un Écossais, Thomas Lauder Brunton, découvre son intérêt pour traiter les angines de poitrine et les spasmes coronariens. Il est alors utilisé dans cette optique médicale jusqu’au milieu du XXème siècle, avant d’être remplacé par la trinitrine et d’autres molécules nitrées.

C’est lors de la guerre du Vietnam que se répand un usage du nitrite d’amyle qui n’a plus rien à avoir avec la médecine. L’Oncle Sam est alors à la recherche de substances capables d’amoindrir la souffrance de ses soldats et se tourne vers le poppers, qui a l’avantage d’être légal (contrairement à beaucoup d’autres drogues utilisées par les soldats américains, tels que l’opium, les amphétamines ou l’héroïne). La Food and Drug Administration (FDA), l’agence chargée de l’approbation des produits alimentaires et des médicaments aux États-Unis, donne dans un premier temps son feu vert, avant de rendre le poppers accessible uniquement sur ordonnance en 1969. Mais une fois rentrés au pays, les GIs ne peuvent plus se passer de leur petite fiole fétiche… Dès ce moment, la Mafia s’empare du marché en dissimulant le poppers sous des étiquettes de parfum d’intérieur.

Au cours des années 70, il devient omniprésent dans le milieu gay américain, puis français : aux États-Unis, certaines boîtes gays vont jusqu’à le diffuser par la climatisation… Peu cher, facile d’accès et recherché pour ses effets tant sexuels que récréatifs, le poppers a aujourd’hui largement dépassé les frontières de la communauté gay.

Qu’en est-il de la France ?

La législation française sur le poppers n’a cessé d’évoluer ces dix dernières années. Dès 1990, les poppers contenant des nitrites de butyle et de pentyle sont interdits. En 2007 et 2011, un décret puis un arrêté tentent d’interdire également les poppers à base de nitrites d’amyle et de propyle, mais ils sont tous les deux retoqués par le Conseil d’État, respectivement en 2009 et 2013, car aucun caractère de pharmacodépendance n’a pu être prouvé. Aujourd’hui les poppers à base de nitrites d’amyle et de propyle sont donc en vente libre sur Internet, dans les bureaux de tabac ou les sex-shops.

Un liquide rigolo ? Oui mais…

Le poppers peut se prendre de plusieurs manières. Celle que préconise le ministère de la Santé consiste à laisser un flacon ouvert pour que le produit se diffuse à l’air libre. Mais les effets sont alors faibles et lents à survenir. C’est pourquoi la pratique la plus répandue consiste en une inhalation directe par les narines (la fiole ouverte juste sous le nez) ou par la bouche (les mains formant un conduit pour éviter tout contact direct). Le poppers est un produit extrêmement inflammable.Il ne faut donc jamais l’approcher d’une bougie, d’un briquet ou d’une cigarette.

Il peut déclencher des maux de tête qui sont dus au nitrite de propyle, un produit souvent présent dans les poppers vendus dans les bureaux de tabac et jugés de très mauvaise qualité par les professionnels. Les prises par inhalation peuvent provoquer une détérioration des cloisons nasales, des croûtes jaunâtres et des brûlures si le liquide entre en contact avec la peau.

Des prises trop rapprochées peuvent entraîner une surdose : des troubles respiratoires, cardiovasculaires (comme une hypotension artérielle), voire oculaires (avec des pertes totales de la vision pouvant aller jusqu’à une semaine) sont alors à redouter. Plus grave encore : il existe un vrai risque mortel en cas d’ingestion. De même, le mélange avec du Viagra ou tout autre stimulant sexuel peut être fatal. Des cas d’arrêt cardiaque ont ainsi été recensés. Il faut donc laisser s’écouler au minimum 48 heures entre la prise d’un poppers et celle d’un stimulant sexuel. Comme pour d’autres drogues, le mélange de plusieurs substances peut avoir des effets graves, voire mortels. Entre 1999 et 2011, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) recense ainsi 146 cas graves d’utilisation du poppers, dont six mortels. En revanche, comme le relevait le Conseil d’État, aucune étude ne démontre qu’une consommation régulière de poppers entraîne une dépendance.

3 Réponses à “Le poppers: des sniffs et du kif en fiole”

  1. Thomas

    On apprend pas grand chose dans cet article, c’est dommage, il y a tellement de choses à écrire sur le Poppers, comme expliquer que le nitrite de butyle est interdit depuis le 1er janvier dernier.

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  2. nico

    Merci Thomas pour ton information, mais où as tu entendu cette interdiction du nitrite de butyl ?

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  3. David Deluis

    A la lecture d’un article dans un précédent numéro hétéroclite, la promotion du poppers m’avait déranger (voir choquer) pour toutes ces raisons d’effets dangereux qu’elle procure. Pourquoi publier que cet article maintenant et pas en compagnie du premier?
    Par ailleurs, je signale avoir vu un témoignage sur un célèbre site de la communauté, qu’un garçon, régulier utilisateur de poppers était soudainement devenu aveugle et plus bien plus d’une semaine puisque lui a dit qu’il avait perdu son oeil à vie. (ça commençait par plusieurs taches dans la vision qui ne disparait pas chez d’autres utilisateurs)

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