Les éditions Verticales publient Un journal de rêve, recueil d’articles écrits par le militant gay et journaliste Guy Hocquenghem dans Actuel, Gai Pied Hebdo ou Libération.

Militant actif durant Mai 68, membre du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR), Guy Hocquenghem se fait connaître en 1972, à vingt-six ans, en publiant dans Le Nouvel Observateur (devenu L’Obs) un autoportrait où il parle ouvertement de son homosexualité, un geste dont on mesure mal l’audace aujourd’hui. Quelques mois plus tard paraît un essai marquant, Le Désir homosexuel, qui fait de lui l’une des figures majeures de ce qu’on n’appelle pas encore le mouvement gay. On (re)découvre aujourd’hui son activité de journaliste avec Un journal de rêve, édité et présenté par Antoine Idier, qui rassemble des articles parus entre 1970 et 1987 dans des organes de presse divers comme Actuel, Gai Pied Hebdo et, surtout, Libération, où Hocquenghem a été chroniqueur et journaliste régulier durant plusieurs années.

La période s’ouvre par les désillusions de l’après 68 et la nécessité d’inventer un engagement qui tienne compte de toutes les formes de désirs – «la révolution n’est pas ce qui permet de remplacer la vie». Le volume se ferme sur un long article consacré au sida paru dans Le Figaro Magazine, qui permet de comprendre ce qu’a été la violence à l’égard des malades : Hocquenghem est obligé d’expliquer que la maladie n’est pas un «retour de bâton» des années de liberté sexuelle, encore moins un châtiment divin. Il y rend hommage à Foucault (mort trois ans avant). Lui-même meurt du sida en 1988, un an après la parution de l’article. Il a quarante-et-un ans.

Revendication et rejet simultanés de l’identité pédée

Entre les deux, Hocquenghem raconte notamment l’émergence d’une communauté gay. Il ne cache pas son enthousiasme au moment d’une gigantesque marche militante à Washington, ni son plaisir à l’occasion d’un reportage en immersion très participative dans le New York gay : les lecteurs de Libé auront droit au récit de «tous les assauts, les éjaculations, les drogues, les alcools et les prouesses physiques» qui ont agité les nuits de l’enquêteur consciencieux. Mais malgré une fascination palpable pour cette «vie aimable et sans contraintes», Hocquenghem se montre constamment méfiant à l’égard de la dépolitisation et de l’enfermement qui menacent : «l’homoland est au pédé ce que la réserve est aux Indiens». Lui, constamment, s’attache à connecter les pédés à l’actualité, à homosexualiser les infos.

Résolument écrits à la première personne (une première personne située et désirante), les articles rassemblés sont des interventions, toujours corrosives, parfois vindicatives, parfois drôles aussi. Des tentatives assurément pour réaliser ce dont Hocquenghem rêvait pour Gai Pied Hebdo : être «un journal où Eros et intelligence marcheraient de pair».7

 

Un journal de rêve de Guy Hocquenghem, postface d’Antoine Idier (éditons Verticales)

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