Alors que son dernier film, Where Horses Go To Die, sort en DVD, rencontre avec le cinéaste Antony Hickling, marginal magnifique de la production française contemporaine.

On aurait du mal à trouver un cinéaste actuel méritant plus que le réalisateur Antony Hickling l’adjectif queer. Car queer, son cinéma l’est absolument, quelle que soit la définition que l’on donne de ce mot, et ce n’est pas Where Horses Go To Die qui le démentira. «Mes films sont nés de recherches sur le queer», explique le cinéaste britannique installé en France. «Mes références sont queers : Jarman, Schroeter, Fassbinder… Je me sens queer, je le revendique. Le queer, c’est la marge, et je me retrouve là-dedans. Alors oui, je suis queer, et de plus en plus, et je me sens aussi militant, d’où mon engagement dans le festival Chéries-Chéris [à la programmation duquel il participe, NdlR]».

 

Beauté de l’image, violence du propos

Cette double dimension queer et militante se retrouve dans Where Horses Go To Die, dans lequel un peintre (Jean-Christophe Bouvet) fait la connaissance sur un lieu de drague de trois prostituées qui vont bouleverser sa vie et l’entraîner dans un autre monde fait de rêves et de dangers, de transgression des genres et de milices homophobes, de rêves de familles réinventées et de paillettes qui, au petit matin, se décollent… Il y a une beauté sereine dans l’image et une sourde violence dans le propos. «J’avais envie d’une esthétique léchée», détaille Hickling. «J’ai essayé d’adopter une forme moins trash que dans Little Gay Boy [son précédent film, NdlR]. C’est aussi noir dans le fond, mais moins immédiatement violent à l’image. La violence, elle est en dessous ; c’est ma violence à moi, c’est ce que j’ai pu vivre, c’est mon passé».

Sous ses apparences arty et déconstruit, le cinéma tout entier d’Antony Hickling est en effet nourri de son histoire dure et chahutée. «Daniel et tous les personnages, si je suis honnête, c’est moi», reconnaît celui qui, dans son film, met cette phrase dans la bouche de l’un d’eux : «parfois, ça prend du temps d’assumer qui nous sommes». «J’ai mis du temps à assumer qui je suis. Mes films suivent un trajet : on y traverse des choses très dark pour aller vers des choses positives. Aujourd’hui, je m’aime, j’ai appris à m’aimer. C’est pourquoi il y a aussi dans le film cette phrase très importante : «tu sais, tu as le droit d’être heureux»».

 

Where Horses Go To Die de Antony Hickling (en DVD chez Optimale)

 

Photos © Jean-Baptiste Huong

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