De Bianca Castafiore à Ulrika Von Glott, pourquoi les cantatrices sont-elles si souvent caricaturées en «divas» capricieuses et égocentriques ?

L’Opéra de Lyon présente en cette fin de saison une œuvre de Gaetano Donizetti, Viva la Mamma ! Le Convenienze ed inconvenienze teatrali. Créé en 1827, cet opéra, qui met en abîme les tracas d’un metteur en scène devant les exigences de ses chanteurs, porte un regard comique et autocritique sur l’univers lyrique et les divas. Tout commence quand Mamma Agata fait irruption en pleine répétition parce qu’elle ne tolère pas que sa fille ait un second rôle. Ténor bancal, starlette en puissance, orgueil et ego sont ici raillés avec férocité et lucidité. On compte sur le metteur en scène aujourd’hui grand public Laurent Pelly pour insuffler un humour grandiloquent dans sa proposition artistique.

Pour comprendre l’origine de cette réputation d’égocentrisme qui colle aux chanteurs (et surtout aux chanteuses) lyriques, il faut remonter au XVIIIème siècle. À l’époque, les grandes stars s’appellent Farinelli ou Cafarelli. Les castrats fascinent, jouent les premiers rôles et chantent les airs les plus brillants ; ce sont eux que le public vient voir. Leurs succès suscitent la concurrence et la jalousie au sein de la profession.

Au début du XIXème, avec le déclin des castrats, c’est la soprano qui devient l’objet de tous les regards. Les librettistes et les compositeurs mettent tout en œuvre pour faire briller la prima donna, devant parfois réécrire des parties entières de leurs opéras si elle estime qu’elle n’est pas suffisamment mise en avant ou si, pire encore, le rôle confié à la seconda donna vient à lui faire de l’ombre.

Derrière les caprices, une vie pas toujours rose

Au-delà de ces exigences artistiques, les divas occupent la scène publique avec leurs propres vies. Car le goût du scandale n’a pas attendu la presse people… Maria Jeritza (1887-1982) en est un bon exemple. Brillant autant à Vienne qu’à New-York, elle aime le luxe et organise «sa propre publicité, distillant les informations pour maintenir la presse en haleine» comme l’indique Richard Martet dans son livre Les Grandes Divas du XXème siècle (éditions Buchet / Chastel). Mais on ne peut pas parler de divas sans évoquer Maria Callas et son destin tragique. Bête de scène dotée d’une voix hors norme, elle s’est pourtant mis à dos le public italien en interrompant une représentation de Norma à Rome. Sa vie fut un roman mais elle mourut malgré cela dans la solitude, tout comme Haricléa Darclée (1860-1939), qui fut la première Tosca et qui finit ses jours seule et ruinée.

Les divas existent-elles encore aujourd’hui ? Si certaines grandes cantatrices peuvent prétendre à ce titre, elles sont nombreuses à pratiquer leur art avec passion mais humilité, laissant l’hystérie populaire aux icônes modernes de la pop et du cinéma.

 

Viva la Mamma !, du 22 juin au 8 juillet à l’Opéra de Lyon, place de la Comédie-Lyon 1 / 04.69.85.54.54 / www.opera-lyon.com

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