Pourquoi il est logique que les militant-e-s d’Act Up évoqués dans 120 battements par minute apportent leur soutien à l’association féministe Lallab.

Le très grand succès public et critique de 120 battements par minute a manifestement laissé à celles et ceux qui ont vécu les événements décrits par le film de Robin Campillo des sentiments mélangés et contradictoires. Joie et fierté devant cette reconnaissance méritée, si tardive soit-elle, mais aussi incrédulité, voire scepticisme. Car s’il est actuellement porté aux nues et unanimement célébré, l’activisme radical d’Act Up fut, à l’époque où se déroule le film, très violemment attaqué et méprisé, tant par les médias et les pouvoirs publics que par une partie des gays.

Comment faire, dès lors, pour que l’enthousiasme que suscite le film ne soit pas un simple embaumement, une façon de remiser derrière une vitrine un bel objet appartenant au passé ? Que faire de l’élan provoqué par 120 battements par minute ? Comment le transformer en une énergie susceptible d’alimenter les combats présents et futurs ? Et comment identifier ceux-ci ?

Une violente polémique estivale nous a apporté le mois dernier quelques éléments de réponse à cette dernière question. Lallab, une association féministe qui se donne pour but de «faire entendre les voix des femmes musulmanes qui sont au cœur d’oppressions racistes et sexistes», s’est retrouvée la cible d’attaques en ligne dont certaines n’étaient pas sans rappeler quelques-unes des accusations portées contre Act Up à ses débuts : communautarisme, manquements à l’idéologie républicaine, etc. Comme face à Act Up également, la charge ne venait pas seulement de quelques excités marginaux mais aussi de journalistes, de politologues, de médias, de responsables politiques et même des pouvoirs publics, puisque, cédant aux injonctions des réseaux sociaux, le Service civique a fini par retirer de son site l’offre postée par Lallab dans l’espoir de renforcer son équipe.

Heureusement, le 23 août, Libération publiait une tribune de soutien intitulée Stop au cyberharcèlement islamophobe contre l’association Lallab. Comme de juste, on retrouvait parmi les signataires, outre de nombreuses associations féministes et/ou queers (le Planning familial, le Couvent de Paname des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence…), des «ancien-ne-s» d’Act Up et l’association elle-même. Preuve peut-être que, derrière les hommages convenus et hypocrites, l’activisme radical dont parle 120 battements par minute n’est pas mort et que, bien loin des prises de position consensuelles, il est capable de s’investir dans des causes minoritaires qui dérangent toujours autant.

 

Photo : Lallab à la manifestation féministe organisée le 11 mars 2017 à Saint-Denis à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes © Élodie Sempere pour Lallab

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