Loin du biopic, le film de Mathieu Amalric sur Barbara (interprétée par Jeanne Balibar) est une évocation/invocation du mystère de la chanteuse.

C’est le temps des fantômes. Celui où ils font leur retour. Celui, où plus que jamais, ils nous hantent. Mais ce ne sont pas des fantômes effrayants, oh non. Ce sont de beaux fantômes. Et même si le fait qu’ils ne soient plus vivants rend leur présence un peu douloureuse, on est heureux de les retrouver. Les fantômes de la lutte contre le sida, les fantômes des victimes de la maladie, tels que ressuscités par 120 battements par minute bien sûr, et les échos innombrables dans les médias du grand et beau film de Robin Campillo. Mais aussi un autre fantôme venu de ces années-là, le fantôme d’une femme qui fit dans l’ombre énormément pour les séropos et les malades, un fantôme doux et soyeux comme sa voix, un fantôme étrange et fantastique comme son allure, un fantôme aux poses de héron et aux doigts glissant sur les pianos, le fantôme d’une femme qui chante et n’en finit pas de chanter, et sa vie qu’elle raconte en chansons raconte en fait les nôtres, le fantôme d’une âme-sœur à qui Jeanne Balibar redonne vie. Barbara.

Balibar n’est pas Barbara

Barbara que l’on a tant aimée. Son visage sur les affiches. Le sien, vraiment, ou celui de celle qui l’incarne ? Son visage sur l’écran, son drôle de corps, sa passion à vif dans laquelle Balibar tente de se glisser. Car Balibar, à laquelle une folie douce et un physique longiligne ont toujours donné une parenté avec la chanteuse, n’est pas Barbara. Balibar est une actrice cherchant à jouer Barbara, et qui se cogne, et qui recommence, et qui se perd. Et le film de Mathieu Amalric s’amuse de cela, de ces croisements du réel et du jeu, de ces images qui se fondent et se confondent au point qu’on ne sache plus, de ces tentatives de l’une pour devenir l’autre, les gestes, le phrasé, le son de la voix, la respiration, la démarche, les manies…

Ce n’est pas un biopic, comme le sinistre Dalida de l’an dernier. C’est un jeu de pistes. C’est une recréation. C’est une captation habile et fascinante de l’insaisissable mystère de Barbara.

 

Barbara, de Mathieu Amalric, avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric…Sortie en salles le 6 septembre.

 

Photo © Waiting For Cinéma 2017 – Roger Arpajou

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