Le film de Sidney Lumet Equus et le roman de Rafael Chirbes Paris-Austerlitz parlent de deux jeunes hommes qui réussissent ou ratent un passage à l’acte.

Les jeunes hommes et leur désir. En voici deux qui s’avancent, deux garçons tout juste sortis de l’adolescence, et leur bite, ce qui la fait bander, qui les titille. Le premier passe à l’acte, le second en est incapable. Et c’est toute l’histoire. Vraiment ? Bien sûr que non. Entre le héros de Paris-Austerlitz, le terrible et magnifique roman posthume de l’Espagnol Rafael Chirbes, et celui d’Equus, l’adaptation par Sidney Lumet de la pièce multi-primée de Peter Shaffer, il y a un abîme, celui entre une vie vécue et une vie refoulée, entre un désir transgressif accepté ou bridé.

Au temps du sida, le héros bourgeois et artiste de Rafael Chirbes s’éprend d’un homme de trente ans son aîné, un ouvrier un peu frustre, à qui le lie la passion charnelle. Le roman, que son auteur aura mis vingt ans à écrire tant il est intime, détaille la fusion et puis l’éloignement, les différences et la peur, le sexe et la mort. Il y a un réalisme cru, brut, frontal dans ce récit charnel. L’exact inverse du symbolisme d’Equus, où le corps nu du jeune garçon, Alan, qui chevauche à cru les équidés qui hantent son imaginaire, se heurte sans cesse à l’interdit.

 

Confusion du désir

equus sidney lumet outplay dvdEquus est un film psychanalytique, la rencontre entre Alan qui, un beau jour, a crevé les yeux de six chevaux, et un psychiatre qui va tenter de comprendre pourquoi. En remontant le fil des traumas, il va trouver le souvenir d’un puissant homme vêtu de noir emportant au galop le gamin sur un cheval noir avant l’intervention castratrice des parents, la mère bigote en tête…

Entre le mâle humain et l’ani-mâle, Alan va éprouver la confusion de son désir, et c’est tout le drame qui se joue. Le passage à l’acte est ici impossible. Il peut bien essayer de faire l’amour avec une fille, dans une écurie, sous le regard des chevaux : cet ersatz amoureux, ce piètre substitut acceptable aux yeux du monde, est bien sûr un échec. Car voilà le nœud. L’homosexualité, en cette Angleterre du début des seventies où est écrite la pièce, est encore taboue et réprimée, c’est encore une maladie mentale, un interdit, un profond placard. Et Shaffer le sait bien, qui est gay lui-même. Et c’est cela qu’il raconte sous couvert d’autre chose et qui, aujourd’hui, en découvrant Equus, le film, dans sa belle restauration, saute aux yeux.

 

 

Paris-Austerlitz de Rafael Chirbes (éditions Rivages)

Equus de Sidney Lumet (en DVD chez Outplay)

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