C’est dans l’écrin flambant neuf de la nouvelle Comédie de Saint-Étienne, désormais installée entre la Cité du Design et le Zénith, que la promotion 28 de l’École de la Comédie, emmenée par Matthieu Cruciani, propose une adaptation de Vernon Subutex, dernier succès littéraire en date de Virginie Despentes.

Matthieu Cruciani n’est pas inconnu du public stéphanois. Membre de l’Ensemble artistique de la Comédie de Saint-Étienne depuis 2011, il a notamment collaboré au projet Little Joe de Pierre Maillet, adaptation à la scène des films de Paul Morrissey, cinéaste emblématique de la Factory. Il revient aujourd’hui accompagné des étudiant-es de la promotion 28 de l’École de la Comédie avec un nouveau travail d’adaptation : Vernon Subutex. S’appuyant sur la saga littéraire de Virginie Despentes, et plus particulièrement sur les deux premiers tomes, Cruciani cherche à rendre compte de la chute de Subutex, ce disquaire qui s’enfonce peu à peu dans la marginalité.

Envisageant le texte de Despentes comme une sorte d’Odyssée des temps modernes, le metteur en scène a souhaité soumettre cette œuvre générationnelle ultra-contemporaine (le premier tome est paru en janvier 2015 et le troisième en mai 2017) à de jeunes comédien-nes âgé-es d’une vingtaine d’années. Utilisant la fête chez Kiko (le personnage de trader sous coke) comme point nodal de sa mise en scène, Cruciani tire ensuite les fils de l’histoire et déroule la galerie de portraits archétypaux imaginés par Despentes, offrant à incarner aux apprenti-es acteurs et actrices une succession de personnages d’une cinquantaine d’années.

Génération désenchantée

Plusieurs défis s’ouvrent alors pour cette adaptation scènique. Il faut tout d’abord prendre en compte l’attente du public face à ce succès littéraire récent et connu. Il faut également envisager la place particulière de l’œuvre et de l’autrice. Si Despentes a toujours été considérée comme une écrivaine de la marge, elle siège aujourd’hui au jury du prix Goncourt et les importantes ventes des différents tomes de Vernon Subutex laissent penser que le roman a touché bien plus qu’un lectorat de gauche. Alors même que l’ouvrage dénonce les mécanismes de la consommation de masse, à travers l’exemple de l’industrie musicale, Despentes se retrouve elle-même prise dans ce processus.

En outre, s’il est facile pour un public âgé de cinquante, quarante ou trente ans de se retrouver dans les personnages de l’autrice, qu’en est-il pour des comédien-nes de vingt ans ? Au-delà du parfum de nostalgie et du partage de références culturelles, l’univers enseveli que décrit Despentes est-il à même d’ouvrir des perspectives aux générations futures ? Ici réside sans doute l’enjeu de ce spectacle.

 

Vernon Subutex, du 23 au 25 novembre à la Comédie de Saint-Étienne, place Jean Dasté-Saint-Étienne / 04.77.25.14.14 / www.lacomedie.fr

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