Pour célébrer les fêtes de fin d’année, l’Opéra de Lyon nous convie à voir et entendre La Cenerentola de Gioacchino Rossini, un opéra composé sur un livret de Jacopo Ferreti et créé à Rome en 1817.

Variation autour du thème de Cendrillon, La Cenerentola est une comédie de mœurs pleine de quiproquos qui se débarrasse des atours féeriques contenues dans les versions de Charles Perrault et des frères Grimm. Dans le livret de Ferreti, pas de citrouille qui se transforme en carrosse ou de fées bienfaisantes, juste un microcosme rempli de jalousie, de désir, de cupidité et d’amour pour rire des autres et de soi. Sur la musique joyeuse et virevoltante de Rossini, la mise en scène de Stefan Herheim offre une scénographie pleine de couleurs et d’effets humoristiques qui promet un spectacle aussi réjouissant que divertissant.

la cenerentola gioacchino rossini stefan herheim 5 credit Erik Berg

Les contes, reflets de nos sociétés

On reproche souvent aux contes leurs aspects manichéens et hétéro-normés, surtout depuis que Walt Disney en a fait son fonds de commerce avec un détournement assumé du message initial. Les contes sont bien souvent plus subtils. Sans s’immerger dans Psychanalyse des contes de fées, l’ouvrage séminal de Bruno Bettelheim (1976), on peut trouver chez Andersen, mais aussi chez Cocteau, des récits qui interrogent l’identité et les normes en société.

Dans La Petite Sirène, Andersen ne dénonce-t-il pas la condition féminine de son époque ? Les injonctions telles que «il faut souffrir pour être belle» ou la langue tranchée pour devenir ce qu’elle désire sont autant de métaphores du «sois belle et tais-toi !», soit le seul rôle reconnu aux femmes du XIXème siècle et dans lequel beaucoup souhaitent encore les cantonner. Bien évidemment, le conte original ne connaît pas le happy end imaginé par les studios Disney.

Les contes parlent de nous et de nos sociétés. Loin d’être figés, ils évoluent et les thématiques LGBT font leur entrée dans cet univers, comme en témoignent les spéculations sur l’éventuel coming out d’Elsa, la reine des neiges du dessin animé homonyme (2013), dont le deuxième volet est prévu en 2019. En librairie, on trouve désormais quelques ouvrages, comme La Princesse qui n’aimait pas les princes, un petit bijou d’Alice Brière-Haquet chez Actes Sud, ou Contes et histoires arc-en-ciel, un recueil de plusieurs autrices et auteurs paru aux éditions Goater. Autant de nouvelles histoires qui permettent de retrouver son âme d’enfant en rêvant de son prince ou de sa princesse, pour vivre heureux très longtemps, avec plein d’enfants ou pas, sous l’œil bienveillant de la fée PMA.

la cenerentola gioacchino rossini stefan herheim 1 credit Erik Berg

 

La Cenerentola, du 15 décembre au 1er janvier à l’Opéra de Lyon, place de la Comédie-Lyon 1 / 04.72.00.45.00 / www.opera-lyon.com

 

Photos © Erik Berg

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