Si James Baldwin a beaucoup aimé la France, au point d’en faire sa terre d’exil, les scènes françaises ne lui rendent pas toujours justice. Avec l’adaptation sur la scène du Théâtre de la Croix-Rousse de Harlem Quartet, la pensée de l’auteur américain noir et homosexuel bénéficie d’un coup de projecteur bienvenu.

La sortie en salle en mai 2017 du documentaire de Raoul Peck, I Am Not Your Negro, après une diffusion en avant-première sur Arte, a largement contribué à remettre sur le devant de la scène les engagements politiques de James Baldwin. Le film s’attache particulièrement à la lutte des Noirs américains pour les droits civiques, à laquelle Baldwin a largement pris part et qui traverse son œuvre littéraire. Mais on trouve aussi dans les écrits de l’auteur né à Harlem en 1924, aux côtés des questions raciales, une réflexion autour des discriminations sociales et sexuelles, formant une pensée soucieuse des enjeux intersectionnels avant la lettre, comme dans Chroniques d’un pays natal (1955) ou Harlem Quartet (1979).

HARLEM QUARTET (Elise Vigier 26-09-2017)

C’est ce dernier roman qu’Élise Vigier, membre du prolifique collectif Théâtre des Lucioles, a choisi d’adapter pour la scène. Dans cet ouvrage, le narrateur, Hall Montana, s’adonne à un véritable travail de passeur de mémoire, en reconstituant pour son fils le passé de sa famille noire américaine et du Harlem des années 50 et 60. Au milieu de la galerie de portraits que Hall fait revivre se trouve Arthur, son frère, musicien et homosexuel. En filigrane, c’est évidemment sur sa propre expérience que Baldwin écrit, lui qui est né dans ce quartier pauvre de New York, qui prend conscience de son homosexualité dans une Amérique ségrégationniste et qui décide de partir vivre en France pour ne pas être réduit en tant qu’écrivain à sa couleur de peau. 

I have a dream

Pour transposer le texte au plateau, Élise Vigier s’est associé au dramaturge Kevin Keiss et a pensé l’adaptation en quatre axes majeurs. Sur scène, six comédiennes et comédiens incarnent l’ensemble des personnages du roman. Complémentairement au jeu des interprètes, l’utilisation de la vidéo permet de remplir deux fonctions : une fonction mémorielle, sous la forme de faux films de famille et de saynètes du passé tirées de Harlem Quartet, et une fonction plus illustrative, avec la projection de films tournés sur les lieux-mêmes de l’action, à New York, et qui servent de décor à la pièce.

Enfin, Élise Vigier s’est adjoint les services de Saul Williams, poète et slammeur new-yorkais, qui propose un véritable collage sonore, entre extraits de textes de Baldwin, bribes de sons d’archives et musique noire américaine. Ces divers éléments doivent ainsi permettre à l’audience d’embrasser le propos de James Baldwin dans toute sa complexité : les questions raciales, sociales, sexuelles et religieuses cohabitent, s’entremêlent et s’imbriquent alors pour rendre compte de la nécessaire union des luttes.

 

Harlem Quartet, du 23 au 26 janvier au Théâtre de la Croix-Rousse, place Joannes Ambre-Lyon 4 / 04.72.07.49.49 / www.croix-rousse.com

 

Photos © Patrick Berger

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