Écrit par deux militants, l’ouvrage La Fin du sida est-elle possible ? fait le point sur les avancées de la lutte contre l’épidémie et trace des perspectives.

la fin du sida est-elle possible éditions textuel françois berdougo gabriel girardOn l’a (re)découvert en voyant 120 battements par minute : la lutte contre le sida est d’abord sociale et politique. C’est ce que démontrent également François Berdougo et Gabriel Girard dans La Fin du sida est-elle possible ?. En moins de deux cents pages précises et engagées, les deux auteurs, l’un ancien militant à Act Up-Paris, l’autre à Aides, rappellent les différentes étapes de cette lutte, et combien des décisions apparemment techniques sont en fait le fruit de combats militants.

Depuis une petite dizaine d’années, les nouvelles stratégies de soins laissent entrevoir la possibilité d’une «fin du sida», jusque dans les discours officiels. Si les luttes militantes sont aujourd’hui moins visibles et moins intenses, Berdougo et Girard montrent bien que les politiques actuelles, apparemment dictées par les seuls «progrès scientifiques», supposent malgré tout des choix de société et méritent d’être interrogées. Le «traitement comme prévention», la stratégie actuellement adoptée, consiste à mettre les personnes dites «à risque» sous traitement préventif, et à faire entrer les personnes séropositives au plus vite dans des protocoles de soin pour faire baisser leur charge virale. À l’échelle des individus comme des populations, il s’agit de mettre le virus «sous cloche».

Choix de société

Cette stratégie apporte des résultats certains. Elle pose aussi des questions : les laboratoires pharmaceutiques (au premier rang desquels Gilead, le fabricant de l’antirétroviral Truvada) en sont les grands gagnants, puisqu’il s’agit de mettre tout le monde sous traitement. Mais leur avidité sans bornes est aussi un frein à la lutte contre l’épidémie : la lutte pour maintenir les brevets dans les pays du Sud et les stratégies pour imposer partout des prix prohibitifs empêchent l’accès aux soins de nombreuses personnes. D’où la nécessité d’une pression militante et de pouvoirs publics puissants pour créer un rapport de force favorable, face à ces laboratoires au rôle finalement ambigu.

Vouloir vraiment la fin du sida suppose aussi d’arrêter de criminaliser ou discriminer certains groupes – personnes usagères de drogues, travailleur.se.s du sexe, populations migrantes. Mais là encore, il s’agit de choix de société et les peurs irrationnelles ou les discours démagogiques entrent en contradiction avec une véritable politique d’éradication de la maladie.

La démonstration des auteurs est impeccable et leur conclusion des plus claires : la fin du sida est à portée mais elle implique un projet politique qui «prenne au sérieux l’impératif de la transformation sociale et des droits humains».

 

La Fin du sida est-elle possible ? de François Berdougo et Gabriel Girard (éditions Textuel)

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