Les réseaux sociaux offrent une caisse de résonance à celles et ceux qu’on entend trop peu dans les médias traditionnels. Et il n’y a pas lieu de le déplorer ni de les mépriser, bien au contraire.

Onpeupurindir. La rengaine est connue, on l’entend depuis des années mais, ces derniers temps, elle s’est trouvée un nouveau coupable : si onpeupurindir, c’est la faute aux méchants réseaux sociaux. Et surtout, à la plaie de Facebook, à la malédiction de Twitter, à la calamité du Web 2.0 : les horribles SJW, les Social Justice Warriors (littéralement, «guerriers de la justice sociale»). L’expression, originaire des États-Unis comme on s’en doute, n’avait pas de connotation péjorative avant d’être popularisée par les recoins les plus violemment sexistes d’Internet au début des années 2010. Depuis, elle a rejoint la longue (et inquiétante) cohorte des mots de l’extrême-droite passés tels quels dans le langage courant des sphères médiatiques et politiques, sans que plus personne ne prenne la peine d’y ajouter des guillemets ou de rappeler à chaque utilisation leur douteuse provenance.

Des polémiques « stériles », vraiment ?

Haro donc sur les réseaux sociaux, inépuisables viviers de «polémiques stériles», forcément «stériles». Rendez-vous compte : on s’offusque aujourd’hui de ce dont on ne s’offusquait pas hier ! Peut-être est-ce tout simplement parce Facebook et Twitter offrent une caisse de résonance aux voix de celles et ceux qu’on n’entend pas suffisamment dans les médias et qui ont, très logiquement, massivement investi ces nouveaux canaux de diffusion. Quand n’importe qui peut s’y créer un compte en deux clics, partager son vécu, son expérience et le point de vue depuis lequel il ou elle observe le monde, sans les filtres habituels, cela fait nécessairement émerger une parole qu’on n’a pas l’habitude d’entendre, qui bouscule, qui dérange et qui met à nu nos œillères, nos impensés, nos privilèges.

Des séquences homophobes à répétition de l’émission Touche Pas À Mon Poste à la blackface de Griezmann en passant par les situations de harcèlement sexuel décrites sous les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc, les réseaux sociaux (et singulièrement Twitter) ont permis en 2017 aux minorités de se faire enfin entendre sur les représentations d’elles-mêmes ou sur des sujets qui les concernent directement et sur lesquels elles sont pourtant peu interrogées. Parmi la «communauté» LGBT, les lesbiennes, les femmes, les personnes bi et/ou trans et/ou racisées, toutes celles et ceux qui forment des minorités au sein d’une minorité, utilisent massivement les réseaux sociaux pour faire entendre leur voix trop longtemps étouffée. En 2018, ce serait bien de ne plus les mépriser et d’enfin les écouter.

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