Dans son livre Blues et féminisme noir, Angela Davis nous propose, à travers le prisme d’un féminisme se situant à la croisée des oppressions, l’étude de l’œuvre de trois blueswomen : Gertrude «Ma» Rainey, Bessie Smith et Billie Holiday.

Ma RaineyGertrude «Ma» Rainey, Bessie Smith et Billie Holiday, qui ont longtemps été dépréciées par les spécialistes du blues et du jazz (la plupart étant des hommes blancs), sont réhabilitées dans leur art sous la plume de l’activiste Angela Davis, qui n’a jamais cessé de militer depuis ses premiers engagements, dans les années 60, au sein du mouvement des droits civiques. En effet, en analysant les paroles des chansons de ces femmes d’exception, le dernier ouvrage de la militante des droits civiques américaines, Blues et féminisme noir, met en lumière les prémices d’un certain féminisme, noir et intersectionnel. Des précurseuses ? Certainement. D’ailleurs, Angela Davis le souligne : «les femmes noires de cette époque identifiaient et signalaient déjà des enjeux cruciaux du discours féministe actuel». De plus, Rainey, Smith et Holiday illustrent les différents combats qu’ont dû mener les femmes noires aux États-Unis après la fin de l’esclavage. Leurs chansons créent une parfaite articulation entre race, genre et classe. Elles nous parlent revendications, sexualité, homosexualité assumée, liberté, et même sororité.

Ruptures

Billie HolidayToutefois, cette sororité entre femmes noires n’empêche pas certaines divergences d’opinion, ces dernières provoquant des ruptures au sein de la communauté féminine africaine-américaine. Les «femmes noires» ne constituent pas en effet un groupe social homogène. Davis rappelle ainsi combien l’essentialisation de LA femme noire est impossible. Les femmes noires partagent la race, le genre mais pas toujours la classe. Et c’est pour cela que l’on retrouve une rupture entre les femmes noires des clubs, issues des classes moyennes, et les femmes noires de la classe laborieuse, les premières étaient très critiques envers les secondes. Davis écrit : «les femmes dont Gertrude Rainey et Bessie Smith chantent les histoires sont précisément celles que les militantes des clubs pensaient devoir éduquer et sauver».

Davis nous présente donc une rupture d’idées et de combats au sein même de la communauté féminine africaine-américaine. Cette rupture entre les femmes noires aux États-Unis n’est pas sans nous rappeler le contexte actuel français. En effet, à l’heure où, certaines femmes françaises prônent une «liberté d’importuner», il nous parait primordial de lire ou relire les grandes œuvres féministes. Et cela avec l’espoir d’arriver à une sororité de la totalité, dépassant la classe et peut-être même la race… Comment dit-on déjà ? Ah oui : «l’espoir fait vivre».

 

Blues et féminisme noir d’Angela Davis (éditions Libertalia)

 

Photo de Une : Bessie Smith
Photo 1 : Ma Rainey
Photo 2 : Billie Holiday

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