À l’occasion de la sortie de son CD consacré à Henriette Renié, le trio Nuori donne un concert gratuit dédié à la musique de chambre de cette compositrice française. Une initiative salutaire pour faire sortir du silence ces femmes musiciennes qu’un milieu musical misogyne s’emploie à laisser dans l’ombre.

Si son nom ne vous évoque sans doute pas grand-chose, Henriette Renié est pourtant une des figures tutélaires des harpistes. Née en 1875, elle obtient, dès l’âge de douze ans, le premier prix en harpe du conservatoire de Paris. Un an plus tard, elle intègre la classe d’harmonie de Théodore Dubois, une discipline qui n’est normalement accessible qu’à partir de quatorze ans. Elle poursuit son apprentissage en étudiant le contrepoint et la fugue, donne déjà des leçons de harpe à des élèves bien plus âgés qu’elle et, encouragée par Jules Massenet, commence à composer.

Femme de caractère (elle décline une invitation du chef Arturo Toscanini pour une tournée aux États-Unis), elle se voit refuser le poste d’enseignante au conservatoire de Paris. La raison officielle de ce refus serait ses convictions religieuses, qui dérangent dans une France qui vient de voter la loi de séparation de l’Église et de l’État (1905). En réalité, offrir un poste si prestigieux à une femme est jugé à l’époque difficilement concevable.

Jusqu’à sa mort en 1956, elle se consacre à la composition et à ses élèves. Elle publie une méthode d’enseignement de la harpe qui fait encore référence aujourd’hui et reçoit des élèves du monde entier, dont le célèbre Harpo Marx, des Marx Brothers.

henriette renié one stone to the building

Son œuvre musicale, qui compte une trentaine de pièces et de transcriptions, est largement influencée par la fin du romantisme. Sa Sonate pour violoncelle et piano n’avait jamais été enregistrée avant le CD que vient de lui consacrer le trio Nuori (Henriette Renié, musique de chambre, chez le label Ligia). Elle possède les couleurs harmoniques d’un Gabriel Fauré et fait explicitement référence à un thème de la Sonate pour violon et piano de César Franck. Les autres pièces qu’on retrouve sur le CD (et qu’on pourra découvrir en concert mardi 27 mars à Lyon) sont le Trio pour violon, violoncelle et piano ou harpe et une Pièce symphonique pour harpe seule. Ces deux pièces seront jouées au piano, Henriette Renié ayant précisé que ses œuvres pouvaient être interprétées indifféremment par la harpe ou le piano.

C’est donc une belle soirée découverte qui s’annonce, qu’il faut d’autant moins manquer que les compositrices sont souvent mises à l’écart des salles de concert.

 

Trio Nuori, mardi 27 mars à 20h à la Salle Witkowski, palais de Bondy, 18 quai de Bondy-Lyon 5 / www.trionuori.com

Entrée libre

 

Photo de Une : le Trio Nuori © T.Tasheff

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