Dans son ouvrage Les Couleurs de la masculinité, l’universitaire colombienne Mara Viveros Vigoya analyse de quelles façons se construisent les identités masculines. En articulant son étude à la croisée de différentes formes d’oppressions, l’autrice nous donne à voir des masculinités sous tension.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi tant que gens croient que les hommes noirs sont des «bons coups au lit», que les hommes arabes sont plus sexistes que la moyenne ou que les hommes asiatiques sont plus timides et moins entreprenants que les autres hommes ? Oui ? Mara Viveros Vigoya aussi ! En effet, dans son ouvrage Les Couleurs de la masculinité, cette chercheuse colombienne, spécialisée en études de genre et professeure à la Faculté des sciences humaines de l’Université nationale de Colombie, analyse de quelles manières se construisent les identités masculines et démontre que la masculinité a toujours été racialisée.

L’autrice nous propose une analyse se situant à la croisée de différentes formes d’oppressions, notamment raciale, sociale et sexuelle. Les Couleurs de la masculinité apparaît donc comme étant une œuvre riche et intersectionnelle. L’autrice prend pour sujet d’étude la construction des identités masculines noires et/ou indigènes en Amérique latine (qu’elle appelle «notre Amérique»). Elle nous explique comment, dans un contexte colonial, la blanchité (whiteness) a créé une masculinité hégémonique permettant de hiérarchiser les hommes en fonction de leur race, de leur classe sociale et de leur sexualité. Sur ce sujet, elle écrit : «e et race se sont entrecroisés et articulés pour produire des hiérarchies sociales, et en particulier une masculinité blanche hégémonique qui garantit la domination des hommes blancs et la subordination des femmes et des hommes non-blancs».

Les identités masculines, fruit d’un imaginaire colonial

L’analyse de Mara Viveros Vigoya tend donc à nous présenter le concept de «blantriarcat». Pour étayer cette réflexion, l’autrice cite l’intellectuelle et féministe américaine bell hooks, pour qui tous les hommes ne dominent pas toutes les femmes. bell hooks nous explique aussi que les hommes noirs n’ont jamais tiré bénéfice du patriarcat blanc, en citant à l’appui de son propos le taux de chômage aux États-Unis, plus élevé chez les hommes noirs que chez les femmes noires. En bref, l’œuvre de Mara Viveros Vigoya tend à nous montrer que la fabrique des masculinités est intrinsèquement liée à la race : les «identités masculines» seraient le fruit d’un imaginaire colonial ayant pour seul but d’asseoir les privilèges et le pouvoir des hommes blancs sur les hommes non-blancs.

Alors, si vous souhaitez fréquenter un homme noir pour prendre votre pied au lit, vous taper un homme asiatique car «il est trop chou, il ne dit jamais rien» ou encore sortir avec un homme arabe parce que «grrr, il est si sauvage», vous risquerez d’être déçu·e : tous ces présupposés ne sont que le résultat d’un imaginaire colonial, raciste et ethnocentré.

 

Les Couleurs de la masculinité de Mara Viveros Vigoya (éditions La Découverte)

 

Photo : un jeune homme noir de Chicago, août 1973 © John H. White

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