Tout oppose Frankie et Elias, les héros des films Beach Rats de Eliza Hittman et Corpo elétrico de Marcelo Caetano. Tout les sépare. Si ce n’est la jeunesse. Si ce n’est la beauté de la jeunesse…

Frankie a 19 ans, la blondeur et les muscles exhibés des post-ados américains qui traînent en bande leur ennui sur les plages du côté de Coney Island. Elias en a 23, brun, la grâce un peu fragile et l’élégance naturelle d’un assistant styliste dans un atelier de São Paulo. De cette jeunesse, de cette beauté, Frankie et Elias font des usages bien différents. Le premier s’y empêtre tandis que l’autre en jouit, le premier s’y sent comme dans une prison dont il ne trouverait pas la porte, le second en a fait les instruments de sa liberté. Frankie est le héros de Beach Rats, beau film indé américain dans lequel il ne cesse de se cogner à ses désirs en désordre, à ces pulsions qui, le soir venu, lorsqu’il quitte ses potes de glande et sa petite amie, lorsqu’il s’enferme dans le noir de sa chambre, le conduisent à chatter sur des sites gays avec des mecs plus âgés. Frankie et son déni. Frankie et son impossibilité à s’affirmer, à s’affranchir du regard des autres, à ne pas détester ce qu’il sent grandir en lui.

Deux faces contradictoires de la vie des jeunes gays

Elias est pour sa part au centre de Corpo elétrico, chronique nocturne brésilienne qui le suit de son travail à sa vie privée, ces deux sphères qui n’en font qu’une, où tout se mixe en harmonie, les amitiés et les amours, les hétéros et les homos, les jours et les nuits, dans une ronde sans fin.

corpo elétrico

On aurait pu croire Frankie fort et Elias faible, Elias menacé par une société oppressive (le Brésil et sa violence homophobe encore vive) et Frankie épanoui dans un contexte a priori moins tendu (la proximité de New York). Il n’en est rien. Frankie se fracasse sur la vie qu’il s’interdit, tandis qu’Elias ne s’interdit rien parce qu’il est lui-même, et danse, et rit, et baise. Frankie est un garçon perdu. Elias s’est trouvé. Beach Rats est un film sur la douloureuse prise de conscience. Corpo elétrico est un film de l’après. Ils sont deux faces contradictoires et complémentaires des vies LGBT en devenir.

 

Beach Rats de Eliza Hittman (en DVD chez Optimale)

Corpo elétrico de Marcelo Caetano. En salles mercredi 16 mai

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