Jeudi 3 mai, plusieurs associations se sont rassemblées pour protester contre l’expulsion de Moussa Camara, réfugié guinéen bisexuel. Elles ont occupé une partie de l’aéroport Saint-Exupéry de Lyon et ont informé de la situation les passagers du vol qui devait ramener Moussa dans son pays. L’expulsion du jeune homme a finalement été repoussée. Le lendemain, les organisations étaient de nouveau présentes, cette fois devant le Tribunal de Grande Instance de Lyon, où le réfugié comparaissait pour rébellion.

L’association de lutte contre le sida AIDES était l’une des organisations présentes à l’aéroport. Moussa Camara était en effet lui-même militant dans son antenne de Nîmes. Il a fui son pays du fait de sa bisexualité, pénalisée en Guinée, après avoir vu son ancien compagnon se faire brûler vif. Depuis le mois dernier, Moussa est détenu dans un centre de rétention à Nîmes. En apprenant son expulsion, l’association AIDES s’est organisée dans l’urgence, appelant à la mobilisation via les réseaux sociaux et faisant parvenir l’information au Ministère de l’Intérieur.

Par conséquent, plusieurs autres associations lyonnaises étaient présentes à l’aéroport jeudi 3 mai, occupant une partie du Hall A depuis le début d’après-midi : le Planning Familial, Agir pour l’Égalité, le collectif des Raciné·e·s, l’Association LGBTI de Lyon 2 ou encore le collectif Les Méduses. D’autres personnes étaient venues sans être rattachées à une quelconque organisation, en leur nom propre. En tout, une quarantaine de militant·es se trouvaient sur les lieux, en majorité des jeunes.

Des personnes brandissaient des pancartes, avec des inscriptions telles que « Sauvez la vie de Moussa, restez debout ». Des flyers étaient aussi distribués aux passager·es du vol pour leur expliquer comment protester et empêcher le décollage de l’avion.

Vers 16h30, les personnes mobilisées ont appris que Moussa ne serait pas expulsé le jour même, ce qui a provoqué de nombreux applaudissements de leur part. Le jeune Guinéen a été placé en détention suite à son refus d’embarquer. Cependant, la menace d’expulsion pèse toujours sur lui. L’association AIDES, dans un communiqué datant du 30 avril, demande «la libération immédiate de Moussa et le réexamen de sa demande d’asile par l’OFPRA [Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides]».

Une comparution pour rébellion s’ajoute à la menace d’expulsion

Le lendemain, vendredi 4 mai, une nouvelle mobilisation avait lieu, cette fois devant le Tribunal de Grande Instance de Lyon, où Moussa comparaissait pour rébellion. Les militant·es présent·es, une cinquantaine, attendaient fermement les résultats de l’audience. Le jeune homme risque jusqu’à un an de prison et de lourdes amendes. Ce volet pénal n’empêche pas qu’il puisse, en plus, être expulsé. Son avocate demande l’autorisation pour le réfugié de pouvoir faire un recours auprès de la CNDA (Court Nationale du Droit d’Asile). S’il n’est pas expulsé d’ici dimanche, la durée légale de sa rétention administrative sera terminée, ce qui lui éviterait d’être renvoyé en Guinée, mais ne le protégera pas d’une condamnation éventuelle pour rébellion.

Comme la veille, plusieurs associations et collectifs se trouvaient sur place, dont AIDES. Des feuilles blanches, avec le hashtag #LibérezMoussa, étaient brandies. Les réseaux sociaux sont en effet beaucoup sollicités pour informer et rassembler. La députée LREM de l’Allier Laurence Vanceunebrock-Mialon a d’ailleurs tweeté sur son compte : «il est apparu que Moussa a reconnu lui-même avoir menti. Il n’est pas gay et n’a pas assisté à la mort de son compagnon brûlé vif», ce qui n’a pas manqué de faire réagir les associations. La délégation régionale Auvergne-Rhône-Alpes de l’organisation AIDES a rappelé qu’être en couple avec une femme n’empêchait pas d’avoir des relations avec des hommes, et que, dans le climat d’homophobie en Guinée, mieux valait pour certain·es ne pas dévoiler leur orientation sexuelle. Par ailleurs, la médiatisation autour de Moussa Camara est telle que, bisexuel ou non, il sera en danger s’il retourne dans son pays natal.

Le verdict doit être rendu dans l’après-midi du 4 mai. En attendant, les soutiens nationaux à Moussa Camara ne faiblissent pas. De quoi, malgré tout, garder espoir.

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