La grande rétrospective consacrée au photographe Steve McCurry, membre éminent de l’agence Magnum, nous offre l’occasion de revenir sur son plus célèbre cliché, Afghan Girl, et par extension, sur le sort des femmes afghanes et notamment des petites filles et des réfugiées, comme le fut pendant 30 ans Sharbat Gula, celle que l’on surnomma la Mona Lisa afghane. 

 

Steve Mccurry enfant soldat Afghanistan 1993 KabulVous ne connaissez peut-être pas le nom du photographe exposé depuis le 6 février à la Sucrière, mais vous avez déjà vu certains de ses clichés. Steve McCurry est un explorateur, ses images personnifient avec subtilité la face cachée d’un monde où les peuples souffrent des conflits armés, subissent la mondialisation tout en perpétuant tant bien que mal des traditions ancestrales. Sa photographie montre un visage de la guerre inédit et ses conséquences sur les populations civiles qu’il immortalisa sur ses pellicules Kodachrome jusqu’à l’arrêt de leur production. Aujourd’hui, il poursuit son travail de photographie, mais reste éloigné des conflits armés. Steve McCurry est un témoin privilégié de l’Humanité, de sa beauté et de son chaos.

Parmi les 200 clichés grand format à voir à la Sucrière, on retrouve les plus emblématiques, dont le portrait de Sharbat Gula, jeune Afghane de 13 ans photographiée en 1984 dans un camp de réfugiés au Pakistan. Orpheline, comme beaucoup d’enfants dont les parents ont trouvé la mort dans les bombardements, elle fuit l’Afghanistan avec ses frères et sœurs ainsi que sa grand-mère pour le Pakistan lors d’une traversée périlleuse à travers les montagnes enneigées qui séparent les deux pays. En 1984, Steve McCurry immortalise le regard vert perçant de la jeune fille, dans un camps de réfugié·es, le cliché fera l’année suivante la couverture la plus connue de National Geographic 

 

Steve McCurry Afghan GirlNaître femme en Afghanistan

Ce cliché donnera un visage à ce conflit armé ainsi qu’à tous et toutes les réfugié·es. Un choc visuel pour l’Occident peu habitué à ce qu’un enfant incarne si dramatiquement les conséquences de la guerre. Nous l’avons vécu récemment avec la photo du petit Syrien Aylan retrouvé mort sur une plage turque en 2016. Mais peu se poseront la question du futur sort de la fillette dont le photographe retrouvera la trace, et son véritable nom, presque 20 ans après, en 2002, lors d’un autre voyage au Pakistan. Réfugiée dans ce pays pendant trois décennies, Sharbat Gula fut contrainte de retourner en Afghanistan en 2016 après une arrestation et un emprisonnement pour utilisation de faux papiers d’identité pakistanais.

Le monde est en émoi après le relais de l’information par le photographe sur son compte Instagram. Lors de ses retrouvailles avec le photographe, elle lui avait confié espérer que ses filles bénéficieront d’une éducation. Marquée par la mort de l’un de ses enfants, et de celle de son mari – avec qui elle était mariée depuis ses 13 ans – mort de l’hépatite C qu’elle a également contractée. Le visage de Sharbat Gula est gravé par son histoire et ses traumatismes. Lors de la visite de l’exposition, une vidéo poignante de 47 minutes documente l’investigation pour la retrouver. Malheureusement, les non-anglophones devront passer leur chemin, car la vidéo n’est pas traduite. 

steve-mccurry-sharbat-gula-national-geographic-pakistanRenvoyée avec ses enfants dans son pays natal, contre son gré, Sharbat Gula devient le symbole de la condition des réfugiées afghanes qui refusent de retourner chez elles, bien que le gouvernement tente de faire bonne figure en l’accueillant à bras ouverts. Il lui offre une grande maison, un traitement de faveur qui provoque quelques jalousies de la part des autres réfugié·es et des hommes qui ne voient pas d’un bon oeil qu’une femme soit propriétaire. Seulement 18% des femmes en Afghanistan le sont. Le photographe nous a confié ne plus avoir de nouvelles d’elle depuis son retour, les hommes semblent avoir pris le contrôle de sa vie, n’appréciant pas qu’elle soit médiatisée.

 

L’éducation : une priorité

Faible scolarisation des jeunes filles, mariages forcés et mariages avant l’âge de 16 ans, violences conjugales, séquestrations, viols, voilà le terrible sort que subissent de nombreuses femmes afghanes dont on parle trop peu. Un tiers des Afghanes sont mariées avant leur 18 ans, également un tiers d’entre elles seulement sont scolarisées, et trop peu terminent leur scolarisation à cause de ces unions. Amnesty International ainsi que la division du Droit des femmes de Human Rights Watch dénoncent chaque année un recul du droit des femmes et la nécessité politique et sociale de scolariser les filles. De cette nécessité découle une seconde qui nous concerne lors de la visite de cette exposition, celle de porter un regard alerte et informé sur les conditions de (sur)vie de celles et ceux que nous contemplons sur ces photographies aussi belles soient-elles, car elles portent en elles de terribles souffrances que nous ne devons, en tant que public, point ignorer.  

 

Le Monde de Steve McCurry, jusqu’au 19 mai 2019 à la Sucrière, 49-50 quai Rambaud Lyon 2e stevemccurryexpo.fr

 

 © Steve McCurry 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.