Quatrième volet d’une série à travers laquelle, de mois en mois, Hétéroclite se penche sur le siècle passé… 1949 et le court-métrage Fireworks de Kenneth Anger.

 

fireworks-celebrationsPénis explosifs 
Personne n’est sûr que Fireworks, le premier court-métrage réalisé à 20 ans par Kenneth Anger, ce film qui marque l’émergence fulgurante du cinéma expérimental via l’histoire ultra homoérotique d’un jeune homme passé à tabac par une bande de marins, fut projeté aux États-Unis en 1947, l’année de sa réalisation. Anger l’a certes raconté, mais Anger a beaucoup inventé au cours de sa vie, comme le prouvent les pages de Hollywood Babylon, le livre qu’il consacra aux scandales sexuels hollywoodiens, dont nombre sont directement sortis de son imagination. Peut-être Fireworks, ce brûlot fantasmatique hanté de pénis qui explosent et de lait qui se répand comme du sperme, ne fut-il d’abord montré qu’à quelques amis, lors de projections secrètes. Mais en 1949, cette œuvre folle qui va révolutionner le cinéma est enfin exposée au public et au grand jour, et c’est en France, à Biarritz, que ça se passe. La cité balnéaire accueille en effet la première édition du Festival du Film maudit, et Fireworks fait partie de la sélection de courts-métrages, tandis que Jean Cocteau assure la présidence. Le cinéaste-poète est immédiatement saisi par l’insolente beauté du film d’Anger, sa liberté poétique, et aussi les liens évidents qu’il y voit avec son propre premier film, réalisé dix-neuf ans plus tôt, Le Sang d’un poète« Fireworks vient du plus profond de la nuit d’où émergent toutes les œuvres vraies. Il touche le vif de l’âme et c’est là chose rare », écrit-il. Il se démène pour faire attribuer un prix au film, et invite Anger à venir s’installer en France. Le jeune homme accepte, s’installe à Paris où il travaille à la Cinémathèque française. Il s’y lie avec Colette, mais aussi Jean Genet, qui s’apprête à réaliser son unique court-métrage, Un chant d’amour, dont les correspondances avec Fireworks sont nombreuses. Cocteau-Anger-Genet… une certaine histoire du cinéma queer écrite dans les marges. 

Gay Paris ? 
Le 1er février 1949, le préfet de police de Paris, un certain Roger Léonard, publie un décret qui bannit une pratique fréquente dans les bals d’avant-guerre et certains cabarets : “Dans tous les bals, établissements et lieux publics, il est interdit aux hommes de danser entre eux.” Quelques mois plus tôt, le ministre de l’Intérieur, Jules Moch, avait interdit les spectacles de travestis. La Libération n’était pas très libérée… 

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