Il y a des films comme cela qui tombent pile au moment où ils sont les plus nécessaires. Bixa Travesty est l’un d’eux : un film urgemment d’aujourd’hui. Pour au moins deux raisons : parce que le Brésilet le Brésil au moment où Bolsonaro et sa clique menacent les minorités ce n’est pas rien ; et parce que le genre, et on sent bien que se joue autour de cette notion une des grandes révolutions de l’époque.  

S’il n’y avait que cela dans Bixa Travesty, ce serait déjà énorme : un pied-de-nez à l’extrême droite qui monte partout, et une affirmation radicale du queer comme arme de contestation massive. Mais il y a autre chose dans ce film, d’au moins aussi essentiel, qui tient tout cela ensemble : un corps, une énergie, un discours, une puissance politique, comique et tragique comme on en connaît peu. Il y a Linn da Quebrada, performeuse trans fabuleuse, qui est de tous les plans de ce film, et qui bouscule tout sur son passage, nos habitudes, nos certitudes, nos questionnements. 

S’autodéfinissant « terroriste du genre », Linn da Quebrada joue, chante, se met à nu devant cette caméra qui la saisit sur scène faisant ses shows, en coulisses, en famille, utilisant chaque fois le plus intime d’elle-même comme autant d’armes pour affirmer la puissance de son message. Son corps, son parcours, ses blessures, sa rage… elle affiche tout, elle use de tout, pour proclamer son identité multiforme, en perpétuelle réinvention. Et on mesure l’audace, le courage, la force qu’il faut pour cela dans un pays traditionnellement machiste et homophobe, et qui l’est de façon quasi officielle désormais. 

Linn da Quebrada a une façon inouïe d’outrepasser les genres, de subvertir les normes, de nous projeter, en compagnie de Jup do Bairro, sa copine trans des quartiers pauvres devenue sa complice sur scène, dans une réalité post-queer absolument fascinante, où la philosophie se mêle au social et la poésie au politique.  

Bixa Travesty est un extraordinaire documentaire sur une personnalité exceptionnelle, de celles qui vous touchent, vous exaltent, vous remuent en profondeur. Il faut courir les découvrir. 

 

couv-bixa travestyBixa Travesty  de Kiko Goifman et Claudia Priscilla. En salles le 26 juin

 

 

 

 

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