Amel Bent a rangé son poing, perdu sa voix et revient désillusionnée et penaude. À l’image de ses fans, que nous sommes encore et en cœur.

Écouter le dernier album d’Amel Bent, Demain, c’est se préparer à l’offense que vous fera votre service d’écoute en streaming. Il vous suggèrera en « artistes similaires » Vitaa, Tal, Shy’m. Et alors ? Ca donne envie de passer la journée dans le noir. De ne pas retenir nos larmes et de laisser parler notre chagrin. Notre Princesse du télé-crochet est bien évidemment au-dessus de cette mêlée. Amel, c’est l’as qui bat le roi. C’est surtout elle en 2004 qui va nous faire accrocher aux wagons de Nouvelle Star. C’est elle qui laissera un jury bouche bée après ses « laï laï » du Café des Délices, dans une reprise très personnelle et qui engendrera sanglots et gros poutous de Marianne James. On ne comprend d’ailleurs toujours pas pourquoi Steeve Estatof, rockeur perdu cheveux gras, a gagné cette saison-là. Qu’à cela ne tienne, la carrière d’Amel Bent se fera sans le trophée et elle vendra son premier album à plus de 650 000 exemplaires. Ma philosophie, titre co-écrit avec Diam’s, nous fait tous kiffer la vibe avec nos mecs et devient un grand tube de la communauté gay. Viser la lune, le poing levé, les fisteurs s’en font un mantra et à Lyon, on s’égosille sur le titre qui intègre le karaoké de l’UC. On en délaisse la saison 3 de Nouvelle Star et sa gagnante (à vos claviers sur Google Images)… Myriam Abel (qui ça ?) Et depuis pour Amel Bent ? Une pub pour Weight Watcher, trahison ultime, nous qui avons continué de boulotter et cru fortement que les formes et les rondeurs servaient à réchauffer nos cœurs. Et puis la spirale infernale à la française, sponsorisée par TF1 : des albums sans grand intérêt, les NRJ Music Awards en 2013 (battu par Shy’m !), Danse avec les Stars, les Enfoirés, Génération Goldman, une reprise de Johnny…

Ça ira mieux demain ?

« J’ai troqué mes rêves et brisé ma voix. » C’est elle qui le dit dans le titre inaugural de son nouvel album, Demain. Donnant le bâton pour se faire battre, on ne peut que confirmer : Amel Bent, réputée pour couvrir quatre octaves, a aujourd’hui une voix de routier auvergnat. Adieu les aigües : bonjour petite baryton-basse à la voix éraillée. Quant à ses rêves, elle n’y croit plus vraiment, ne lève plus la tête ni bombe le torse : Demain est l’album de la désillusion. Et c’est peut-être ce qui le sauve. Les années 2000 nous ont gavé d’ultra positivisme façon Lorie. Découvrir Amel Bent un peu abattue, la voix flinguée, la trentaine un peu tristoune ne nous la rend que plus humaine, moins superwoman. Une Destiny’s Child sans destinée qui raconte comment ses rêves ont foutu le camp. Et nos vingt ans avec.

Demain d’Amel Bent (Mercury Records)

Mercredi 5 juin à la Bourse du travail, 205 place Guichard-Lyon 3

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